petit abécédaire de l’Espé

Nous enseignons depuis un an ou deux, stagiaires ou néo-titulaires, et suivons ou avons suivi des cours à l’École supérieure du professorat et de l’éducation (Espé). Cet institut a remplacé l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres), que nous n’avons pas connu. Nous entrons dans une Éducation nationale en pleine mutation : alternances politiques, réforme du recrutement et des enseignements, du primaire à la formation des stagiaires. Et de notre côté, nous expérimentons le statut ambigu d’étudiant-professeur, entre le pupitre et le bureau.

C’est depuis cette position inconfortable que nous voyons se confronter les discours de nos formateurs, de nos collègues, de nos élèves, mais aussi émerger nos propres réticences devant ce que l’on prétend nous enseigner. Nous ne nous reconnaissons pas dans le modèle du bon professeur forgé à l’Espé : républicain, universaliste, faussement horizontal, flic intellectuel, maton de gauche.

Cet abécédaire est une tentative de mise à nu de ce langage Espé, confronté à nos tentatives d’applications, vraies et exagérées. Nous sommes écoeuré.es de nous voir dépossédé.es de nos idées et de nos mots, de voir enterrés nos espoirs de pédagogies alternatives, digérés par une institution scolaire qui n’entend pas pour autant remettre en cause sa violence et son fonctionnement. Ces mots défigurés, nous préférons les achever en riant. Laissons-les exsangues, plutôt qu’ennemis.

Autonomie

Sens en Espé

L’autonomie décrit deux réalités différentes mais liées. Elle peut désigner l’autonomie de l’enseignant·e qui, par son statut de cadre supérieur, a une liberté pédagogique dans l’élaboration de son cours.

L’autonomie désigne également l’objectif à atteindre pour tout élève. Il ne s’agit pas de laisser les élèves livrés à eux-mêmes mais de les inscrire dans un cadre qui doit leur permettre d’accomplir seuls et avec une fluidité certaine le travail demandé. L’autonomie se construit à partir de deux pôles : politique (vie collective, règles de vie commune, discipline) et cognitif (appropriation des compétences, savoirs et savoir-faire).

L’autonomie de l’élève vient alors de l’autonomie de l’enseignant.e qui a créé ce cadre.

Sens en usage

Recette de l’Autonomie. Difficulté selon l’Espé : facile. Durée : une séance.

Pour rendre vos élèves autonomes et responsables :

  • donner une consigne claire : réfléchir à des termes explicites, imposer le silence et l’écoute, faire reformuler par un élève, rappeler que le travail est évalué ;
  • mettre vos élèves en groupes : répartir les élèves, les empêcher de bouger les tables et les chaises, diriger leurs choix dans la formation des groupes, interdire tel binôme, imposer tel autre, les obliger à s’asseoir une fois le groupe défini ;
  • mettre les élèves en activité : passer de groupe en groupe pour répondre aux questions, redonner la consigne, vérifier qu’ils travaillent, faire respecter le niveau sonore, arbitrer les conflits au sein des groupes, surveiller les autres groupes tout en parlant avec un élève, annoncer régulièrement le temps qu’il leur reste et rappeler que ce travail est évalué ;
  • faire passer les groupes à l’oral : rappeler les principes de la prise de parole, imposer le silence au groupe classe, évaluer la restitution orale, menacer les élèves auditeurs qui n’écoutent pas.
  • Vous pouvez maintenant féliciter vos élèves pour leur autonomie et leur donner les devoirs pour la prochaine séance.

Emplois remarquables

« Il faut faire de l’élève un adulte autonome et responsable. »
« Ce qu’on cherche à évaluer au bac c’est l’autonomie du lecteur. »

Bienveillance

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