Vacarme 02

printemps 1997

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Minorités

des sourds et des mal entendus

Avant-propos

le dossier qui suit contrariera sans doute tous ceux qui pensent que le langage naît dans les oreilles et qui le confondent avec la phonétique. il heurtera peut-être ceux qui entendent « muets » quand on parle de « sourds ».
Lire sur les lèvres, comprendre à moitié, parler à demi, d’une voix qu’on n’entend et qu’on ne contrôle pas — d’une voix presque toujours mal placée —, c’est ce qu’on a longtemps demandé aux sourds, c’est ce qu’on demande encore à beaucoup d’entre eux. Cela sollicite des efforts incessants (...) Lire 

prologue

par

« Les Sourds en Colère, c’est du 100% sourd. »
C’est l’un des points qui les distingue dans le paysage associatif : toutes les associations nées dans les années 1970 et 1980 croient au contraire dans les vertus de la « mixité » et de l’échange, et rassemblent des sourds et des entendants, des professionnels et des parents. Cette homogénéité revendiquée ne prétend pas dissimuler des expériences singulières. Sophie n’est pas née sourde ; Bachir est fils d’entendants ; chez Delphine, on est sourd depuis (...) Lire 

traduction trahison

par

C‘est d’abord une histoire d’interprète. Quand nous avons contacté les Sourds en Colère, nous avons proposé que notre entretien soit traduit par une amie commune, Sophie Russel, qui a accompagné l’association depuis sa création. Nous ne savions pas encore si elle serait disponible._Nous avons donc demandé s’ils avaient d’autres idées. Nous n’avons pas obtenu de réponse. Bachir s’en est expliqué au début de notre rencontre : « L’interprète, c’est votre problème, pas le nôtre. C’est dans cet esprit que nous (...) Lire 

les professeurs et les navires à voile

par

L’intégration des sourds dans l’enseignement est une idée plus ancienne qu’il n’y paraît. Leur exclusion, une affaire plus récente.
« Les sourds-muets [sont] doués de toutes les facultés morales et intellectuelles dont sont pourvus les autres hommes, et quelque défectueuse que [soit] leur organisation physique, il [est] possible de les instruire, à l’aide d’un moyen de communication destiné par la nature à remplacer la parole, nécessairement perdue par suite de la perte de l’ouïe. Ainsi défini, le (...) Lire 

l’oralisme, une demande des parents ?

par

L’histoire de l’éducation des sourds est ponctuée de mouvements polémiques entre partisans de la langue orale et tenants de la langue des signes. Les arguments pour défendre l’option oraliste n’ayant cessé de se répéter, on veut s’intéresser ici à ce qui les sous-tend.
Une grande part des résistances à l’égard de l’éducation par les signes a pu être attribuée à la supériorité des langues orales, vécues comme facteur d’intégration, mais aussi à une quasi répulsion du geste, situé alors du côté de l’animal et du (...) Lire 

la croisade de l’enseignement

par ,

L’histoire de l’éducation des sourds de naissance laisse un sentiment mêlé de tristesse et de rage. Elle raconte d’abord le temps perdu, entre 1880, où s’impose le principe d’une éducation exclusivement oraliste, et la fin des années 1970, où le dogme oraliste commence à être battu en brèche. Elle montre comment on a privé les sourds d’une langue qui s’était pourtant largement développée entre le XVIIIe et le XIXe siècle, c’est-à-dire aussi de leur culture et de leur histoire. Elle rappelle encore que les (...) Lire 

la scène des sourds

par

Créé il y a vingt ans par un groupe de jeunes adultes sourds, l’International Visual Theatre n’est pas une scène de plus. C’est à la fois un acte politique fondateur pour la culture sourde et un laboratoire où se dessinent des dictionnaires, où se crée une pédagogie, où s’invente une écriture.
Ils sont quatre sur scène, en collants et tee-shirts. Des danseurs. Plantés debout, ils se mettent à crier, à crier à pleins poumons. Pas de mots, des sons, des beuglements, des vociférations. À pleine gorge, droit (...) Lire 

juste un peu dur d’oreille

par

« – Homme petit, barbiche, chapeau, petites lunettes. Vous pas vu lui ? – No Se. – No Se, no Se ! Ils n’ont que ce mot à la bouche, ces bougres de crème d’emplâtre à la graisse de hérisson. »
Sourd ? Mais bien sûr ! Il n’y a qu’un sourd pour supporter le perroquet de Bianca Castafiore, la voix de Bianca Castafiore. Seul un sourd peut faire fleurir des roses blanches pour Bianca Castafiore.
Sourd ? Vous plaisantez ? L’inventeur du Super Trifonar, précurseur de la télé « écran plat, coins carrés », dont (...) Lire 

Un démon dans les oreilles

par

Beethoven était sourd. C’est pourtant encore lui qui nous apprend à entendre, si nous voulons bien lui prêter l’oreille.
Que peut-il arriver de pire à un musicien, à un pianiste, à un compositeur, que de devenir sourd ? Cette image pesante et un peu ridicule du « musicien sourd », c’est celle que Beethoven eut un temps de lui-même : « Je ne peux pas dire aux gens « je suis sourd » ! » (1801, il a trente ans). La surdité de l’homme des sons est un extrême, un comble : le pathétique en est ambigu, il (...) Lire 

être sourd en philosophie

par

Hantée par le dialogue et le discours, la philosophie ne sait trop que faire de ceux qui n’entendent pas. Imaginons ce qu’ils pourraient lui apprendre.
C’est seulement avec le début de l’empirisme moderne et de la science expérimentale, notamment dans la France et l’Angleterre des XVIIe et XVIIIe siècles, que la philosophie commence à s’intéresser aux déficiences sensitives, notamment à la cécité et à la surdité de naissance. Quand commence à se dissiper l’anathème évangélique, « avoir des yeux pour ne pas (...) Lire 

Vacarme 02

Vacarme 02 / printemps 1997

Rédaction en chef Philippe Mesnard & Mathieu Potte-Bonneville

Parution le 1er avril 1997 Édition Vacarme

Pages 80 ISBN 9782915547757

Diffusion en librairies Difpop

Diffusion numérique Cairn

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