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l’atlantique révolutionnaire deux parutions

Deux parutions à signaler aux éditions Amsterdam :

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- L’hydre aux milles têtes, l’histoire cachée de l’Atlantique révolutionnaire, par Marcus Rediker & Peter Linebaugh (traduit de l’anglais par Christophe Jaquet et Hélène Quiniou.) Du XVIe au XVIIIe siècle, un monstre hante le monde atlantique. Deux figures reviennent avec insistance sous la plume et le burin des architectes de la première mondialisation capitaliste, qu’ils soient princes, prélats, marchands ou planteurs : Hercule et l’Hydre aux mille têtes. Hercule symbolisait pour eux l’ordre, l’autorité et la souveraineté de leur pouvoir. L’Hydre, son antithèse monstrueuse, symbolisait le désordre et la sédition : les multitudes bigarrées et rebelles que formaient les hommes et les femmes dépossédés par l’enclosure des communaux, les marins pressés à bord des bâtiments des marines marchande et militaire, les criminels déportés outre-mer, les réprouvés des sectes religieuses radicales, les insoumis et les déserteurs, les boucaniers et les pirates, les esclaves africains... La thèse avancée par Peter Linebaugh et Marcus Rediker dans L’Hydre aux mille têtes est que ce prolétariat atlantique formait une classe anonyme transnationale, hétéroclite et polyglotte, traversée par une exigence d’émancipation et de démocratie radicale, dont les menées, depuis les niveleurs et les bêcheux de la Première Révolution anglaise jusqu’aux Jacobins noirs haïtiens, provoquèrent l’inquiétude et la féroce répression des pouvoirs en place, et marquèrent profondément leur temps. Sous la plume de Linebaugh et Rediker, l’histoire « vue d’en bas » du capitalisme, de l’invention démocratique et des résistances populaires à l’époque de la première mondialisation change donc de perspective : l’Hydre devient la figure du mouvement et de la résistance des multitudes révolutionnaires auxquelles il s’agit, à travers des récits de vies et d’insurrections, de restituer la visibilité et l’importance dont l’histoire les a privées [1].

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- Les Jacobins noirs, par C.L.R. James. « En 1789, les deux tiers du commerce extérieur de la France se faisaient avec sa colonie antillaise de Saint-Domingue, laquelle représentait le plus grand marché de la traite européenne des esclaves. La plus grosse colonie du monde, fierté de la France et objet de convoitise de toutes les autres nations impérialistes, faisait partie intégrante de la vie économique d’alors. Tout cet ensemble reposait sur le labeur d’un demi-million d’esclaves. Au mois d’août 1791, après deux ans de Révolution française avec ses répercussions à Saint-Domingue, les esclaves entrèrent en révolte. Leur lutte dura douze ans. Ils mirent tour à tour en déroute les Blancs locaux et les soldats de la monarchie française, une invasion espagnole, une expédition britannique de près de 60 000 hommes, et un contingent français identique, commandé par le propre beau-frère de Bonaparte. La défaite des troupes napoléoniennes, en 1803, permit l’installation de l’État nègre d’Haïti, qui s’est maintenu jusqu’à nos jours. C’est la seule révolte d’esclaves dont l’histoire ait enregistré le succès. Les obstacles qu’elle dut franchir témoignent de l’importance des intérêts qui étaient en jeu. La transformation des esclaves, qui auparavant tremblaient par centaines face à un seul Blanc, en un peuple capable de s’organiser et de défaire les nations européennes les plus puissantes de l’époque, constitue une des grandes épopées de la bataille et de la réussite révolutionnaires. Le pourquoi et le comment de ce phénomène, tels sont les thèmes de ce livre. » (C. L. R. James) [2].

Ces parutions font écho à deux textes publiés dans Vacarme n°24 (été 2003), récemment archivés en ligne :

Notes

[1Marcus Rediker est professeur d’histoire à l’université de Pittsburg. Il est l’auteur de Between the Devil and the Deep Blue Sea (Sous le pavillon noir – Marins, Marchands et Pirates dans le monde anglo-américain (1700-1750), à paraître aux Éditions Libertalia en déc. 2008), Villains of All Nations : Atlantic Pirates in the Golden Age (Pirates de tous les pays, à paraître aux Éditions Libertalia en nov. 2008), et The Slave Ship : A Human History (John Murray, 2008). Peter Linebaugh est professeur d’histoire à l’université de Toledo (États-Unis). Il est l’auteur de The London Hanged (Cambridge University Press, 1993), et de The Magna Carta Manifesto : Liberties and Commons for All (University of California Press, 2008).

[2Cyril Lionel Robert James est né à Trinidad en 1901. Il arrive en Angleterre en 1932, où il milite dans des mouvements anticolonialistes et panafricains, et exerce le métier de journaliste. En 1938, paraît son livre le plus important, Les Jacobins noirs. Après un séjour de plusieurs dizaines d’années aux États-Unis consacré à l’écriture et à l’enseignement, il est expulsé du territoire et retourne à Trinidad après 26 ans d’abscence, où il reprend son activisme de plus belle et dirige le journal pro-indépendantiste The Nation. Il meurt en 1989.