Vacarme 84 / Cahier

un coquelicot peut être gris

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et les verts ne sont pas toujours de l’herbe ni des arbres à l’occasion repeints en blanc comme un linge devenu sale en technicolor, une à une les images qui tombent sans résonance dans l’air parfois d’une manière plusieurs fois d’une autre, et les bleus ne sont pas toujours le ciel, jaune métallique aussi chargé qu’un champignon atomique. Alors si un oiseau passe ici il meurt ? Oui ils le savent maintenant donc ils ne passent plus. Évitent avec d’autres ce brouillard d’objets et de faits mal dessinés qui écrase puis simplifie l’ensemble, fixe le mouvement, pourtant ça ne s’arrête jamais jamais le son étourdissant, la vraie musique des sphères et des tubes, tout sonne et tout fume y compris le sol c’est une solfatare du nord, autour des conduits mélangés font un beau réseau de lignes mais un faux habitat, une géométrie pour les aveugles ou pour les fanatiques. Autant de murs aux esprits incurvés lézardés de partout, l’idéal pictural, l’analogie du paysage vidé de ses contours, dehors soit dans une boutique de porcelaine le vrai laboratoire où s’envisagent les couleurs, la repeindre comme on peint un tableau ou bien un film, des parois bleues, un plafond vert, celeste e verde, mais rien de rouge, ni garance ni de Venise, c’est comment quelque chose qui vire au rouge, un désert par exemple ? Pourquoi pas une remise et sa petite nouba en circuit fermé, sauf une fenêtre ouverte sur le monde tel qu’il est réduit, un fragment plus le suivant : le quai, le bateau, un spectre en quarantaine, le cri, le sfumato, arrêtée là une sombre marine faite avec grand art dans les tons qu’il faut, les bleus ne sont pas toujours le ciel et une feuille peut être noire, noire de fumée, crépusculaire du fond de l’eau ou de Teinturiers, une circumnavigation dont le début et la fin se confondent

Illustration Suzanne Doppelt

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Publiée dans Vacarme 84, , pp. 80-81.