la vengeance du bois qui pleure

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En 1927, le Brésil vend à Henry Ford plus de 10 000 km2 en Amazonie, pour lui permettre d’extraire la sève de l’hévéa, le caoutchouc nécessaire à l’équipement des pneus de la nouvelle Ford A. Caotchu vient du quechua Cao (Bois) et tchu (qui pleure). La plantation fait naître un projet de ville, une american way of life au cœur de l’Amazonie.

Après le défrichage de plusieurs milliers d’hectares de forêt, le petit hameau Boa Vista, au bord du Rio Tapajós, devient Fordlândia, la ville Ford, une cité qui exploite d’abord le bois issu de la déforestation, puis plante des hévéas de manière intensive. Dans le sillon de cette activité économique, et dans un même projet de civilisation, sont construits un réseau d’eau courante, une centrale électrique, un dancing, un hôpital, une école, des trottoirs, des bouches d’incendie et des villas de style américain. La mauvaise évaluation des conditions botaniques, géographiques et humaines sera responsable d’un énorme fiasco, faisant de Fordlândia une caricature du projet moderne. La culture intensive des hévéas n’a pas résisté aux parasites et champignons amazoniens. Henry Ford n’a jamais réussi à exploiter le caoutchouc et le territoire fut définitivement rétrocédé au Brésil en 1945. Fordlândia est aujourd’hui un petit village, au milieu d’un patrimoine industriel au statut incertain.

En été 2018, avec le Collectif Suspended spaces, nous avons organisé une résidence sur un bateau qui a remonté le Rio Tapajós jusqu’à Fordlândia, où il reste des usines, des machines, des maisons, des mémoires, des récits, des fantasmes et peut être quelques fantômes. Une vingtaine d’artistes et chercheurs ont engagé des projets, individuellement ou à plusieurs, qui donnèrent lieu à une exposition présentée à Paris (La Colonie), à Clermont-Ferrand (La Tôlerie) et à Belém au Brésil (Fotoativa). Au retour de Fordlândia, nous avons aussi organisé une semaine d’échanges à Paris pour essayer de comprendre ce que Fordlândia signifie aujourd’hui.

À cette occasion, j’ai présenté une conférence performance en deux parties, La jalousie du plant de manioc / La vengeance du bois qui pleure, où ma parole a été déléguée à une comédienne, Emmanuelle Gaborit, tandis que des dessins étaient filmés et manipulés en direct.

Les pages qui suivent sont une adaptation de la seconde partie de la conférence-performance, La vengeance du bois qui pleure.

L’intégralité de cet article est actuellement disponible dans l’édition imprimée de Vacarme 87. Pour vous procurer un exemplaire, Vacarme est disponible en librairies, en ligne et sur Cairn.info.

Post-scriptum

Éric Valette est artiste et enseignant chercheur à l’Université de Picardie Jules Verne (Amiens). Co-fondateur du collectif Suspended spaces, il collabore également avec le chorégraphe installé à Bruxelles Mauro Paccagnella, avec qui il travaille actuellement à la création du spectacle documentaire (A+X+P). www.ericvalette.net.