Vacarme 18

hiver 2002

Vacarme 18

numéro épuisé

À nos lectrices et lecteurs

Ce numéro, Vacarme 18 (hiver 2002), est désormais archivé et tous ses articles sont accessibles dans leur intégralité. Vacarme aime la gratuité, mais une revue existe grâce à ces abonné·es. Abonnez-vous.

Éditorial

Jean-Pierre Chevènement

par

Aux musées Royaux de Bruxelles, tout en bas, une fois passés Breughel, les symbolistes et la mort de Marat, se dresse une sculpture blanche devant un mur de panneaux argentés. Un couple de danseurs. Leurs joues se touchent presque, sa main à elle repose dans celle du cavalier, et leurs deux paires de jambes convenablement s’éloignent par cette entente tacite qu’entretiennent entre elles les paires de jambes familières des danses de salon. De cette façon, les corps, unis au sommet, voient leur poids (...) Lire 

Entretien

Carlo Ginzburg

Chantier

l’Amérique, de biais

de la peur en temps de guerre

par

Je ne suis pas un expert du terrorisme ou du Moyen-Orient, mais je sais quelque chose de la démonologie politique.
À 9h05 le matin du 11 septembre, j’entrais dans ma voiture quand mon voisin du dessus m’a appelé depuis le toit de notre immeuble. Une histoire d’avion qui rentrait dans le World Trade Center. J’habite près du musée de Brooklyn, et depuis le toit on a une vue honnête sur Wall Street. J’ai pensé qu’il était fou mais je suis monté - plus par politesse qu’autre chose. Quand je suis arrivé en (...) Lire 

peut-on être le citoyen d’un empire ?

par

J’ai cherché à poser la question embarrassante du devoir civique. Embarrassante, car un "teach in" est presque par définition un rassemblement contre la guerre.
Peut-on être le citoyen d’un empire ? Un collègue australien, McKenzie Wark, m’a posé cette question à l’issue d’un teach-in sur les évènements du 11 septembre et le début de la guerre en Afghanistan. Dans mon commentaire sur ces évènements, j’avais cherché à poser la question embarrassante du devoir civique - une question embarrassante, car un (...) Lire 

Can Old Peace Movements Stand up to the New War?

by

French version : Le vieux pacifisme et la nouvelle guerre
When we walked out of our New Yorkers Say No to War meeting several weeks ago, a friend said, “Pacifist is a dead word. We need a new word.” My first reaction was to agree wholeheartedly. The Vietnam era has passed and the promise held by its repertoire for social action seems to have faded with it. The cynics of my generation are too young to remember Vietnam and want to feel like something is being done to address the new global (...) Lire 

Le vieux pacifisme et la nouvelle guerre

par

La première rencontre du groupe qui allait devenir New Yorkers Say No To War eut lieu le dimanche 16 septembre chez Eve Ensler.
Tandis que nous revenions de notre meeting des New Yorkers Say No To War, il y a quelques semaines déjà, une amie m’a dit : « Pacifiste, c’est un mot mort. On a besoin d’un nouveau mot ». Ma première réaction fut d’approuver de tout mon cœur. L’ère du Vietnam est passée, et la promesse tenue par son catalogue d’action sociale semble s’être éteinte avec elle. Les cyniques de ma (...) Lire 

Anubis

par

Pas un traité, pas un témoignage, mais la voix d’une habitante de New York-Manhattan-Downtown, Lire 

l’Amérique, de biais

Arsenal

Le « printemps de la psychanalyse » et l’habit d’Arlequin

par

Depuis le 3 septembre dernier, Jacques-Alain Miller (délégué de l’AMP, membre de l’École de la Cause Freudienne) a adressé à « l’opinion éclairée » cinq lettres largement diffusées en librairie : première Lettre adressée par Jacques-Alain Miller à l’opinion éclairée, la Lettre claire comme le jour pour les vingt ans de la mort de Jacques Lacan, et enfin La Tendresse des Terroristes et autres Lettres. Ces lettres, éditées en son nom, s’adressent à chacun, dans et hors du strict Champ Freudien et de l’École de (...) Lire 

L’affaire Youssef Khaïf dans les médias

par

« Depuis dix ans, les policiers m’ont nargué sans cesse, me disant : ce que vous faites pour votre fils, ça ne sert à rien. Vous ne pouvez rien contre nous. Nous sommes les plus forts ! » – Mme Kheïra Khaïf, mère de Youssef
Le 28 septembre 2001, la Cour d’assises de Versailles a acquitté le policier Pascal Hiblot qui, dix ans auparavant, avait tué Youssef Khaïf, 23 ans, d’une balle dans la nuque, alors que ce dernier s’éloignait à bord d’une voiture volée. Prononcé dans un contexte surdéterminé par la (...) Lire 

Arsenal

Processus

avant-propos

par

une enquête sur le financement du cinéma en France Lire 

Règlements de compte à OK Canal

par

Depuis que Canal + est tombé dans l’escarcelle d’une multinationale, Vivendi-Universal, les milieux du cinéma ont quelques raisons d’être inquiets. Depuis sa création au milieu des années 1980, Canal + est, par le pré-achat, le premier financier des films produits en France. 80 % en bénéficient ; l’apport moyen avoisine les 8,5 MF, soit plus de 20 % du budget de ces films. Derniers chiffres : de 140 films financés en 1999, on est passé à 115 en 2000, malgré une relative augmentation des sommes investies (...) Lire 

Anatomie d’un rapport

par

Réalisateur et enseignant, Luc Moullet analyse la production française dans « Les lois secrètes du cinémargent » .
Selon Luc Moullet, la question du budget des productions peut être abordée de manière simple : en comptant l’argent que l’on voit à l’écran. Il prend deux exemples, celui de Jean de Florette de Claude Berri, et du Garçu de Maurice Pialat.
Le premier a coûté, selon le CNC, 59 MF dont 13 pour les acteurs et les auteurs vedettes. Sur les 46 millions restant, explique Luc Moullet, on en « voit » (...) Lire 

« In memoriam Francis Bouygues » (le cas TF1)

par

Fini le temps où le bétoneur Francis Bouygues se rêvait en nabab avec Ciby 2000, sa filiale cinéma qui produisait tout ce que le cinéma mondial comptait de pointures de « qualité internationale », de La leçon de piano de Jane Campion, à Twin Peaks : Fire Walk with Me de David Lynch en passant par Little Buddha de Bertolucci. Avec la disparition du magnat du BTP s’arrêtait l’aventure de Ciby 2000. Aujourd’hui TF1 Films Productions coproduit une vingtaine de films par an, avec un apport moyen par film de (...) Lire 

Vers un cinéma à deux vitesses ?

par

Michèle Soulignac est déléguée générale de la Société des Réalisateurs de Film (SRF).
Certains signaux, depuis quelques mois, laissent à penser que l’euphorie qui gagne le cinéma français risque d’être de courte durée pour des pans entiers du cinéma indépendant, et que nous nous orientons à grands pas vers un cinéma à deux vitesses. D’un côté, des films bien financés par au minimum deux chaînes de télévision (une cryptée, une en clair) et bien distribués, avec au moins 2 MF de frais de sortie et 200 copies pour la (...) Lire 

Désir d’être indien

par

« Ah, pouvoir d’un seul coup être un Indien penché dans le vent sur un cheval au galop, sentir secousse sur secousse monter du sol qui tremble, avoir enfin abandonné les éperons car il n’y avait pas d’éperons, jeté les rênes car il n’y avait pas de rênes, et ne plus voir qu’à peine, devant soi, la plaine comme une lande rase, et même plus, bientôt, ni la tête ni l’encolure du cheval. » C’est Kafka. Ce pourrait être Aby Warburg, historien d’art dont on connaît avant tout le nom par l’institut qu’il a créé à (...) Lire 

Images du territoire des indiens pueblos en Amérique du nord

par

Ce texte est un extrait de la conférence de Aby Warburg sur son voyage en Amérique, inédite et pour la première fois traduite en français. Nous tenons à remercier Jean Clay des Éditions Macula pour nous avoir aimablement autorisé à le reproduire en avant-première dans nos pages.
Traduit de l’allemand par Sibylle Muller
L’Indien pueblo n’est pas seulement un agriculteur, c’est aussi un chasseur – même s’il l’est moins que les tribus sauvages qui vivaient autrefois dans ces régions. Pour vivre il a besoin (...) Lire 

Processus

Chroniques

Les plantes sont mues

par

Anaxagore, Empédocle, Démocrite et Abrucalis disent que les plantes sont mues par le désir et qu’elles peuvent être tristes ou joyeuses.
Empédocle dit aussi que le végétal est un animal produit par la terre et Anaxagore que les hommes sont sortis de terre comme les épinards.
Anaxagore, Anaximandre, Anaximène, Archélaos, Diogène et Leucippe pensent que le monde est corruptible. Lire 

Un récriminateur

par

Pensant cela, il sentait son cœur s’éteindre. Boire à la source première ! Angoisses et fioritures Activité dans la coupe de bois. Science, acquise par les mains, les avant-bras, du maniement de la tronçonneuse – davantage qu’une simple agitation – Les boisements ! renouveau de la vie spirituelle Puis : pratique de l’enluminure, et puis rejet de cette pratique, motivant son abandon ainsi que la désertion du lieu où elle s’exerçait (sur ce fait accompli, on ne reviendra pas.) Nos corps s’émeuvent, en (...) Lire 

Anne Mansfield Sullivan

par

Un jour Anne n’ayant rien d’autre à faire, nulle part où aller, s’avance vers le perron sur lequel Helen debout semble attendre, et le temps qu’elle franchisse l’allée qui la sépare d’Helen suffit pour comprendre que quelque chose va vraiment commencer, que l’histoire par exemple va vraiment commencer et qu’elle pourrait bien ressembler de très près à ce à quoi on voudra qu’elle ressemble – on le voudra mais on le redoute parce que ce à quoi on voudra qu’elle ressemble l’histoire c’est la guerre. On est le 3 (...) Lire 

Rugby

par

Le rugby (prononcer rugueux bi) se joue à quinze, à treize chez les superstitieux. Le ballon a la forme d’une courge, et le jeu remonterait au pré-euclidien. Derrière toutes ses variantes, on reconnaît la foule en fête sur la place du village ancestral. Du coup, comme le régionalisme et les films de John Cassavetes, comme la corrida et la religion, il a le don d’attirer les victimes du pathos de l’authenticité. On se souvient de Monsieur Herrero, rugbylogue barbu à bandeau. Serge Betsen, troisième (...) Lire 

Jacques-a-dit

par

8. Intérieur. Jour. Appartement de Fanny
Victor : Tu me plais énormément. C’est nouveau pour moi.
Fanny : Qu’une fille te plaise ?
Victor : C’est surtout le fait de me sentir à l’aise aussi vite. Surtout quand on a fait l’amour. Quand je pense à la première fois que j’ai failli coucher avec une fille, ça a été une vraie cata.
Fanny : C’était quand ?
Victor : J’avais 16 ans. On n’était pas ensemble depuis très longtemps, mais elle, elle était plus chaude que les autres. Elle avait vraiment envie.
Fanny : (...) Lire 

Homme, femme, poisson, ballon

par

Le congre a mordu. Est-ce un congre ou une murène ? Une murène certainement. C’est tellement plus féroce. Chaussé de lunettes rectangulaires extraordinairement seyantes, il chausse un gant. Je crois que les deux se chaussent et c’est très bien. Un seul gant, car une seule main sera suffisante pour assommer le monstre.
Premier plan de coupe ; elle est allongée nue sur la crique de galets. Oasis de chair blanche sur la rocaille. Quelle pâleur ! On frémit à l’idée qu’elle ait pu omettre de s’enduire (...) Lire 

Axamit (velours)

par

je n’ai pas pu emporter les objets arrachés, ils doivent demeurer longtemps dans un lieu différent se reposer doucement détacher les fils qui les relient eux-mêmes décharger leur énergie trop forte leur voyage sera : plus tard de toutes les façons je n’aurais pu rien prendre le matin le brouillard faisait des paillettes sans lumière ces petites feuilles s’appellent : oreilles d’ours à chaque fois que je passais, dehors, je touchais le (...) Lire 

Sarah rit

par

une lecture d’une lettre de Kafka à Robert Klopstock, à propos du sacrifice d’Isaac Lire 

Bestiaire

par

phoques deux phoques dans le bassin ovale … préparent le bal des a- pnéistes yack veux-tu, je croque ton œil glauque yack ? … ce cri baroque veut dire : « pas d’acc’ ! » lynx lynx un pinceau noir, au bout de chaque oreille taches variées favoris ouatés Lire 

Très chasse

par

si le premier doit être comparé nuage d’oiseau convaincant de la famille oie usagée du na dans le registre animalier naseau idée go les personnages du ciel éden gai ou à us en se conformant globalement à ce type âge uni au dos restent fidèlement observés de face le second qui compose avec la nature soin d’eau à gué ou cet hybride imaginaire eau un dosage assisté de sa réputation au dingue a osé claquer ses castagnettes u.s.a. ou dégaine bien des traits significatifs a dégoisé au nu deux (...) Lire 

Tout début du troisième millénaire

par

Dans la nuit du 6 janvier 2001 un ancien de mes étudiants devenu entre-temps un ami tout juste âgé de trente-cinq ans se déshabilla entièrement et s’enfonça dans mon lit pour se presser contre moi moins de six mois plus tard se referma cette parenthèse j’entrai dans ma cinquantième année et
c’est le pas au-dessus du plancher défoncé qui est décisif de la planche à claire-voie à l’entrée de la salle de bain il fallait enjamber une claie de planchettes pour pénétrer dans la salle de bain qui fait aussi wc et (...) Lire 

Chroniques

Un lieu

Trans Europ Express : demander l’asile, attendre à Sangatte

avant-propos

par

« Mon pays : [...] La défense, l’intégrité et la sécurité de ces trois espaces terrestre, maritime et aérien sont l’objet de préoccupations constantes de la part des pouvoirs publics. »
Depuis vingt ans, l’espèce d’espace de Perec s’est déformé : la frontière s’est détachée du territoire et n’en marque plus la limite, visant moins à protéger qu’à identifier, trier et délimiter les individus, dont la circulation sera contrôlée en amont, avant même qu’ils n’entrent sur le territoire. Il s’agit de cartographier les (...) Lire 

asile : logiques de l’évitement

par

A Roissy-Charles de Gaulle, fin 2001, quatre cent cinquante étrangers sont entassés un peu partout dans les terminaux de l’aérogare, attendant de savoir s’ils seront admis sur le sol français ou refoulés vers leur pays de provenance. A Sangatte (Pas-de-Calais), entre cinq cents et mille six cents étrangers selon les semaines attendent, dans un camp installé sous un immense hangar de tôle, l’occasion de quitter la France pour la Grande-Bretagne dont l’accès leur est officiellement interdit mais où ils (...) Lire 

asile : administration de la preuve

par

L’année du cinquantenaire de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés se conclut en France sur un bilan bien sombre. Nous sommes désormais très loin des principes affichés par les pays occidentaux en 1951 dans le contexte de la guerre froide. Le moins que l’on puisse dire est qu’on ne déroule plus le tapis rouge pour accueillir les « combattants de la liberté », les opposants politiques et les martyrs des régimes autoritaires, comme ce fut le cas jusqu’au début des années 70.
En France, (...) Lire 

Trans Europ Express : demander l’asile, attendre à Sangatte
Vacarme 18

Vacarme 18 / hiver 2002

Rédaction en chef Philippe Mangeot

Parution le 14 janvier 2002 Édition Vacarme

Pages 124 ISBN 9782915547894

Diffusion en librairies Difpop

Diffusion numérique Cairn

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