Vacarme 03

été 1997

Vacarme 03

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éditoriaux

nous nous permettons d’insister

La gauche a gagné les élections. C’est-à-dire, pour l’instant, que la droite les a perdues. C’est la moindre des raisons de se réjouir : avoir passé par-dessus bord ceux qui parlent de « frigidaire » quand on dit « hospitalité », ou qui évoquent la « mauvaise graisse » quand on défend le service public. Mais quoi, au-delà de cette joie simple ? D’abord, un constat : la gauche officielle sait à l’occasion sortir de ses gonds, pour peu qu’on l’y oblige. C’était le sens du forum organisé le 20 mai par « Nous (...) Lire 

24 mai 1997

par

J’ écris ces lignes avant le premier tour des élections, vous les lisez après le second. Situation bizarre : rien sur le résultat des urnes, que vous connaissez, mais pas moi. Situation intéressante : on peut tourner son attention vers le geste même de l’élection, et remonter de l’urne à l’isoloir.
Voter ne va pas de soi : que la conquête du suffrage ait été un grand combat de nos grand-mères et de nos arrière-grand-pères ne nous paraît plus un motif suffisant pour sacraliser le vote. Nous nous méfions (...) Lire 

le septième commandement

par

En quête d’identité. Enquête identitaire. Les fils des réponses à la question qui suis-je ? Se nouent, jusqu’à former une pelote inextricable. Tirer sur ces fils, c’est se déchirer un peu.
Tu regardes l’ensemble, tu regardes la composition, en fait tu regardes le tout. Tu regardes une personne, comme si tu regardais à l’intérieur d’une jarre dont les bords sont étroits et qui est très haute, tu scrutes d’un œil curieux et tu ne découvres rien, ni ses parois, ni son fond. Avec tes doigts, tu palpes pour (...) Lire 

paroles d’experts, paroles de pouvoir ?

Qu’est-ce qu’un expert ?

par

Les experts, formels ou incompétents, sont partout. Leurs avis, répercutés par les médias, peuvent paraître pléthoriques. S’il faut sûrement lier cette impression aux bruyantes affaires en cours, il convient aussi de la rattacher à la pluralité des expertises et des domaines d’investigation. Le dossier que nous ouvrons dans cette rubrique fait la part belle aux expertises de scientifiques, mais tous les champs du savoir sont concernés : les domaines techniques comme l’informatique, les disciplines qui (...) Lire 

Les enjeux de l’expertise démocratique

par

L’expertise transplante une parole scientifique dans un champ politique. C’est à la jonction de ces deux sphères, celle du savoir et celle du pouvoir, que se joue une des questions essentielles à l’exercice démocratique : comment peut-on faire des choix ?
Dans les processus de décisions, les experts clament leur indépendance, essayant parfois de se mettre hors du jeu politique. C’est en tout cas la position que défend Axel Kahn en affirmant qu’« on se trouve dans un combat de militants crédibles [les (...) Lire 

dangers pour la démocratie

Le traité de Maastricht : un coup d’État monétaire

par

Au fur et à mesure que se rapproche la date fatidique de 1998, la question monétaire revient au centre du débat politique. La campagne électorale l’a, une fois de plus, démontrée. Qui s’en plaindra ? Il est normal que dans une démocratie, les prétendants aux hautes fonctions de l’État débattent des grandes orientations du pays. Le peuple souverain doit trancher en connaissance de cause. Les grands principes du jeu démocratique sont-ils pour autant respectés dans la marche vers la monnaie unique ? (...) Lire 

notes pour un traité des concessions peu reluisantes

par

1. Qu’est-ce qu’une « concession peu reluisante », une CPR ? Quand l’analyse et la réflexion politiques sont ramenées à une topologie du marché, et que toutes les considérations tactiques et stratégiques relèvent alors d’une stricte conquête de parts suplémentaires du marché (électoral), on ne s’étonnera pas de voir le politique envisager son influence selon les termes mêmes du marketing. Mesurant sa force électorale à la part de marché qu’il occupe dans le décompte des voix, son unique obsession est de gagner (...) Lire 

musique et politique (et vice-versa)

mais qui est donc Félix Castan ?

par

Il est en même temps le premier penseur de l’histoire de la culture française et le plus marginal.
Né dans un village près de Montauban il y a 76 ans, Félix Castan monte à Paris faire des études et s’aperçoit que la démocratie française est mal faite puisqu’il y a un seul point du territoire où les choses convergent alors que les autres points du territoire sont coupés de la vie culturelle la plus avancée. Il en conclut que la République est inégalitaire, d’un point de vue culturel.
Il s’intéresse alors (...) Lire 

Minorités

en attendant la gay pride

adresse d’une hétéro-folle à l’hypothétique communauté homosexuelle

par

S’il y a une communauté homosexuelle, elle me rappelle qu’il y a mieux à cacher que les histoires de sexe. A bas le sale petit secret.
Je ne sais pas si votre communauté existe dans les faits ; je ne sais pas si la plupart des homosexuels se reconnaissent dans cette dite communauté ; je ne sais pas si c’est une communauté. Et pour tout dire, je ne sais pas très bien ce qu’est une communauté à proprement parler aujourd’hui. Je sais seulement que d’entendre parler de cette communauté, d’entendre (...) Lire 

il paraît que le mouvement gai a 100 ans...

par

La communauté gaie a toutes raisons de s’intéresser aujourd’hui à son histoire, et nul doute que la conquête d’une sorte de « droit à l’histoire » représente pour elle, depuis 25 ans, un enjeu politique majeur. La partie est pourtant loin d’être gagnée. Le bilan de cette lutte, pour l’heure, reste désastreux, particulièrement en France.
Il paraît donc que le mouvement gai a cent ans. C’est en tout cas ce que donne à penser, depuis le 17 mai et jusqu’au 17 août à Berlin, une vaste exposition du « Centenaire du (...) Lire 

culture bougre

par

Il y a des phrases auxquelles on fait des bébés dans le dos. On a oublié où on les a trouvées, qui les a formulées, si elles ne se sont pas émoussées avec le temps, si une mémoire défaillante ou accommodante n’en a pas modifié les termes et le sens. « Il n’y aura de communauté gaie que quand elle aura une culture. » Cela sonne comme un aphorisme. Je l’ai longtemps attribué à Foucault. J’en faisais un usage rêveur et distrait. J’ignorais au juste ce qu’elle pouvait vouloir dire, faute de comprendre très bien ce (...) Lire 

le juge, le docteur et l’inverti

par

La tolérance sociale de l’homosexualité ne procède pas du progrès des esprits, comme l’homme du singe. Mais contre l’idée d’un pouvoir vertical et d’une répression pure — le juge grondeur surplombant l’accusé plaintif —, il faut envisager la législation sur les mœurs comme une forme de contrôle horizontal et modulable, soumis à la pression mi-concurrentielle et mi-coopérative d’autres formes d’interventions, comme celles de la psychiatrie — le renard fouineur bataillant avec la belette sourcilleuse. C’est dire (...) Lire 

Minorités

feuilleton du minoritaire

riches, peuples, marginaux : qui est minoritaire ?

par

L’idée d’une politique minoritaire nous vient des États-Unis, non du « Black Power » des années 1960, mais déjà des Fédéralistes du XVIIIe siècle : avant d’être reprise par des populations marginalisées, elle fut élaborée par la minorité des riches propriétaires. Cette histoire mérite d’être interrogée, dès lors qu’on se demande quel peut être, en droit, le rêve politique des minorités.
Les luttes minoritaires, toutes les luttes anciennes ou récentes pour la reconnaissance des droits de minorités qui ne peuvent que (...) Lire 

résister, inventer, produire

un drame musical instantané

par

Voilà plus de vingt ans maintenant qu’un drame musical instantané travaille à transgresser joyeusement les frontières entre l’art et la vie... musique, théâtre, cinéma, littérature, aujourd’hui multimédia : autant de domaines investis, traversés, pillés, revivifiés par la grâce d’agencements inédits. un projet ambitieux pour un champ d’action illimité. une formation atypique, marginale par nature : la marge, n’est-ce pas ce qui relie ?
Un Drame- la vie (en (un) acte)/la fiction. L’Histoire. Le théâtre, sa (...) Lire 

le rêve d’être un lapin

par

« Une fois, ce fut une effraie qui les survola en silence, si bas que les yeux de Noisette croisèrent ses prunelles noires. Mais, soit qu’elle ne fut pas en train de chasser, soit que la proie lui eut paru trop grosse, elle disparut au-dessus des brandes. Il attendit quelques temps sans bouger, mais elle ne revint pas. Une autre fois, Pissenlit rencontra la trace d’une hermine, et tous vinrent le rejoindre en parlant bas, le nez au ras du sol. Mais la voie était déjà ancienne et ils reprirent (...) Lire 

la moindre des choses

par

L‘une des dernières scènes du film de Nicolas Philibert se déroule le 15 août 1996, au moment de la représentation d’Opérettede Witold Gombrowicz. Marie — qui propose chaque année aux habitants de La Borde de participer à la mise en scène d’une pièce de théâtre - adresse quelques mots au public convié à cette occasion, puis elle s’éloigne en lançant : « À tout à l’heure. »
Cette expression, les gens du spectacle l’utilisent souvent avant d’entrer en scène comme une manière d’excuse, comme s’il était réellement (...) Lire 

vive les élections

par

On vous l’a sûrement pas dit à la télé... Déjà, ce mois-ci, elle commence mal, cette chronique, vu que ma télé est en panne et que je ne sais même plus ce qu’on peut bien vous montrer. Mais bon, j’imagine sans peine... Donc, on vous l’a peut-être pas dit à la télé mais il n’y pas que dans notre beau pays des droits de l’homme qu’on vote ces temps-ci.
Iran, Indonésie, Algérie, Slovaquie. Ah bon, ils ont le droit de vote là-bas ? Bon, bien sûr on ne peut pas dire que cela soit des modèles de démocratie. Mais chez (...) Lire 

Un brunch dont vous ne serez pas peu fière

par

Le brunch est au menu d’ordonnance classique ce que la révolution sexuelle fut à la conjugalité hétéro monogame. C’est l’idéal pour inviter quelques vieilles copines des deux sexes au lendemain d’un jour que d’aucuns sont fiers de fêter.
Revoilà donc, un peu partout, la gay pride. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit autant de beaux garçons et de belles filles à la fois, proclamant la confusion des genres sur la voie publique. Homos ou hétérotes, qu’importe, vous et vos amies ne manquez jamais d’aller (...) Lire 

jeu de piste...

par

Aux premiers rayons de soleil sur la ville, il y a ceux qui consultent les guides, s’arrachent les catalogues, organisent un marathon des agences de voyage à la recherche de celle qui offrira (Oh ! Joie, extase et ravissement...) le billet tant rêvé. Et puis il y a ceux (tout aussi nombreux) qui n’achètent pas une méthode d’apprentissage du Grec en trois semaines et demie, simplement parce qu’ils font partie des élus bienheureux qui resteront dans la cité enfin vide.
C’est à eux que ce jeu (...) Lire 

courrier des lecteurs

Chers amis,
L‘idée d’affranchir la réflexion sur le désir de ce que Deleuze appelait le « sale petit secret » (interview au Magazine Littéraire, 1989) peut sembler libératrice et opportune, à condition qu’elle ne cautionne pas un antipsychanalytisme primaire. Tout est affaire de nuances et de souplesse conceptuelle.
J’ai beaucoup aimé l’article de Bernard Morlin parce qu’il assume avec joie une sorte de « pandésirisme » absolu (si j’ose ce néologisme copié de pansexualisme). Mais sa volonté obstinée, (...) Lire 

ne serait-ce qu’un regard...

par

Devoir compter sur ses propres forces, toujours, sa seule imagination. Ignorer la joie que ce doit être d’enrichir ses visions au contact de celles d’un autre, voilà le lot de chaque décideur qui pèse un tant soit peu, de chaque chef d’entreprise. Sa part de désert. Nous sommes entourés pourtant. - Mais y a-t-il un en- thousiasme, une hauteur de vue qui se proposent d’égaler les nôtres ? Quelle pitoyable répartition de la ferveur. En des temps pas si lointains, une vingtaine d’années tout au plus, les (...) Lire 

désirs foutus ?

par

Je hais les dimanches, les voitures blanches et les couples du printemps. Je déteste les voitures blanches. Plus particulièrement les renault 5 et les voitures de société à deux places. Toutes blanches. Que des blanches. Certaines immatriculations je font jaillir.
Je suis assaillie de la vision périphérique et tonitruante de véhicules à moteur. Sortir est une plaie, en chaque endroit susceptible, un dimanche, de t’accueillir en son sein à Paris. Le Soleil, le Charbon, la Flèche d’Or, évitables, (...) Lire 

quand ça fait mal, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie... ?

par

Une fois mise au point la contorsion adéquate, je lui montre fébrilement l’anfractuosité. D’un doigt indécis. Là où je l’imagine être, car le relief enflammé ne permet pas une localisation précise. Mais comme on n’y voit plus rien, il faut bientôt renoncer à ce doigt. Les muscles peuvent au moins se détendre. Toutefois ça ne dure guère. L’espace à nouveau bascule, et, glissant à l’horizontal, un jet de lumière dilate violemment les yeux. Alors, elle se penche et des cheveux frôlent les paupières. Il convient (...) Lire 

désirs de paresse, désirs pour zombies

par

C‘est un trait et une figure d’époque : le zombie, la loque, l’effondré. En très léger mais essentiel décalage avec le « branleur-glandeur » d’antan. Le branleur d’hier voulait... ne rien faire - il y avait là encore une véritable volonté, de véritables désirs de paresser, de buller, de perdre son temps, désirs encore assez affirmatifs pour être joyeux, voire politiques sur le mode de la résistance passive mais révoltée contre l’« époque », le « système », le « capitalisme universel » : « mieux ne rien faire, (...) Lire 

La matière littéraire

par

La Revue de littérature générale (rlg) est un objet dont les maîtres d’œuvre, Olivier Cadiot et Pierre Alferi, ont pris en charge la conception, du début jusqu’à la fabrication, comme des artisans. Quant à la fin, elle ne nous appartient pas, et elle est liée, au moins, aux lecteurs, au plus, à la question de la littérature. Ce que, dans un avenir proche, le n° 3 viendra nous dire.
Si la R.l.g. n’a pas créé un lieu supplémentaire où causer de la littérature, si elle n’a pas non plus de lieu où « recevoir » (...) Lire 

Vacarme 03

Vacarme 03 / été 1997

Rédaction en chef Philippe Mesnard & Mathieu Potte-Bonneville

Parution le 1er juillet 1997 Édition Vacarme

Pages 80 ISBN 9782915547764

Diffusion en librairies Difpop

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