Vacarme 09

automne 1999

Vacarme 09

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Éditorial

la mue

par

Quand le jeune homme avec une grande émotion sortit dans la rue et s’aperçut que l’on ne se retournait pas sur son passage, le sentiment de gloire et de luminosité s’éteignit brusquement. » – Raymond Roussel.
Bien plus tard, elle se souviendrait avec une précision plus que photographique, une précision à réveiller les morts. Elle se souviendrait avoir cru que cela se verrait. Cela datait du temps où les grandes vacances étaient encore grandes (elle devait donc être très jeune, sept, huit ans tout au (...) Lire 

Entretien

Jacques Rancière

Chantier

revenu garanti pour tous

avant-propos

I1 y a quelque temps déjà, on avait parlé dans vacarme de revenu garanti : un peu comme une projection dans l’avenir, un modèle pour aider à penser la tendance toujours plus forte de socialisation du salariat. La situation est différente aujourd’hui : après la vague d’occupations de l’hiver 1997-1998, les journées mensuelles d’action des chômeurs et des précaires en Allemagne de février à septembre 1998, ou les quelques 20 000 précaires marseillais descendus dans la rue en décembre dernier pour revendiquer (...) Lire 

revenu garanti pour tous avec ou sans emploi, trois arguments

par

Les luttes des chômeurs et précaires de l’hiver 1997-1998 ont placé au cœur du débat public la revendication d’un revenu garanti. L’augmentation massive (1500 FF) des minimasociaux, l’ouverture d’un droit au revenu pour les jeunes, l’exigence de l’attribution d’aides financières d’urgence (la "prime de Noël" des chômeurs marseillais), ont été les formes prises par cette revendication. Résultats du conflit, 600 000 aides d’urgence versées, l’ASS (Allocation de Solidarité Spécifique), l’AI (Allocation (...) Lire 

Existenzgeld für alle !

par

L’année 1998 aura été marquée en Allemagne par les "journées d’action mensuelles" des chômeurs et des précaires, les "journées Jagoda", du nom du président de l’ANPE locale (la Bundesanstalt für Arbeit de Nuremberg) qui a la lourde tâche d’annoncer chaque mois les nou-veaux chiffres du chômage. « Les journées d’action mensuelles ont montré qu’à l’encontre de toutes les idées reçues fondées sur des enquêtes pseudo-scientifiques, les chômeurs sont tout à fait capables de s’organiser et d’accomplir des actes de (...) Lire 

obligation de tricher

par

Bruno est malade du sida. Son mari est mort il y a quatre ans. Il était alors lui-même très faible.
Avant de tomber malade, il était instituteur. Maintenant il va mieux. Il sait que les allocations dont ont bénéficié des sidéens sont aujourd’hui remises en cause, avec l’amélioration de leur état de santé. Il serait temps, dit-on, de retourner au travail. Puisque « le sida est devenu une maladie chronique. »
C’est comme si les années de deuil et de lutte contre la maladie n’avaient été qu’une parenthèse (...) Lire 

le travail

par

Du travail il y en a trop, parce que tout le monde travaille, et que tout le monde contribue à la construction de la richesse sociale. Cette richesse naît de la communica-tion, de la circulation et de la capacité à coordonner les efforts de chacun. Comme le dit Christian Marazzi (La place des chaussettes, Éditions de l’Éclat, Paris, 1997), la production de la richesse est assurée aujourd’hui par une communauté biopolitique (le travail de ceux qui ont un emploi, mais aussi le travail des étudiants, (...) Lire 

Place de Clichy-Nation

par

A l’évidence, la ligne de métro Nation-Porte Dauphine, précisément dans son segment Place de Clichy-Nation, est ma ligne de métro préférée. Je déteste le métro, mais j’adore ce segment. Cette ligne traverse, dans son segment Place de Clichy-Nation, les XVIIIe, XIXe, XIe, Xe et XXe arrondissements de la ville de Paris, les arrondissements où je réside depuis plus de vingt ans. Certes, ces arrondissements sont méchamment amochés par la publicité et les chantiers « de rénovation urbaine » ; toutefois, ils ne (...) Lire 

petite bibliographie portative

Thierry Baudouin, Jean-Noël Chopart, Michèle Collin, Laurent Guilloteau, « Mouvements de chômeurs et de précaires en France, la . revendication d’un revenu garanti », rapport de recherche (197 pages), Paris, MIRE, 1989.
Anthologie de la revue CASH de l’Association des Chômeurs et Précaires de Paris, débat sur le revenu garanti (1984-1989).
Icono-Tracts, novembre-décembre 1995, cyber-trash-critic/ cargo/ crssa/ les fugitifs, Paris, CTC éditions, automne 1996.
L’insoutenable flexibilité de l’être : (...) Lire 

chronique

par

Petits rats d’opérette en retraite précipitée, formateurs mercenaires de mercenaires formateurs, masseuses de cinq à sept, afficheurs sauvages de publicité, recenseurs de taux de fécondité, crieurs de mauvaises nouvelles sur papier journal, graffitistes pour murs aveugles, esclaves compressibles d’ateliers clandestins, chômeurs défigurés dans germinal, mitrons enfarinés dès minuit, bac + 9 sans emploi avouable, buralistes mobiles en stocks d’opiacés, nègres pour littérateurs mal inspirés, plagistes pour (...) Lire 

actualité

processus

Heiner Müller

par

Les pièces écrites par Heiner Müller entre 1955 et 1965 sont encore pratiquement inconnues en France . On comprend vaguement pourquoi : les premières années de la RDA paraissent désormais plongées dans le même brouillard opaque que la guerre des deux roses chez Shakespeare. Et pourtant ce n’est pas par simple souci archéologique que le Berliner Ensemble a fermé ses portes le 30 avril dernier sur une représentation des Paysans : les premières pièces de Müller sont les plus beaux textes du théâtre (...) Lire 

une soirée prussienne

par

Si Elke Tasche connaît Heiner Müller ? Et comment ! Elle est sa collègue à la Volksbühne. Ilsofficient tous deux en tant que dramaturges. Heiner Müller y entre en 1974 alors que Benno Besson, à qui Elke Tasche voue une admiration sans bornes, en est nommé directeur. À la Volksbühne, la première fois, Reiner Steinweg, le spécialiste du Lehrstück brechtien, nous la présente. Lors d’un colloque sur le théâtre didactique organisé à Berlin-Ouest, vers la fin des années 1970. Pour la voir, nous devons passer à (...) Lire 

par morceaux entiers

par

VACARME a proposé à Mohamed Rouabhi, auteur dramatique (Les acharnés, 1994 ; Les nouveaux bâtisseurs, 1997), de suivre son travail dans le cadre du projet de collaboration artistique qui relie Épinay-Sur-Seine à Ramallah, ville autonome de la Palestine. Un premier chapitre de cette aventure, intitulé « L’écriture avant Ramallah », figurait dans la rubrique Minorités du n°8 de VACARME, consacrée aux Exils en Palestine. C’est la rubrique Processus qui accueille cette fois Mohamed Rouabhi après son premier (...) Lire 

hardeurs de cinéastes

par

L’Empire des sens, qu’avance souvent Catherine Breillat pour parler de Romance, date de 1976. À la même époque, en France, deux cinéastes se confrontaient, aussi, à des scènes hard. Paul Vecchiali le premier qui signa Change pas de main (1975), revendiquant son film - qui comptait Hélène Surgère et Myriam Mézière au générique - comme intégralement pornographique (« Personnellement, je ne sais pas ce qu’est un film pornographique », expliquait-il en 1991 à la revue CinémAction. « Mais je suis bien obligé de (...) Lire 

chroniques

l’amputé

par

On m’appelle l’amputé ; la locomotion n’est pas en cause ; ce sobriquet n’a pas de provenance - je veux dire : ce ne sont ni des amis ni des indifférents qui l’ont associé à ma personne. Mes jambes ne sont sûrement pas en cause. Ce surnom a conquis la notoriété publique du jour où une phobie me força à quitter ma chambre précipitamment afin non pas de me rendre à tel ou tel endroit mais parce que je ne réussissais plus à tenir dans cette chambre justement. Mes bras, mes doigts, je peux les dénombrer ainsi (...) Lire 

fais-moi mal Johnny

par

Le cadre de la télévision délimitait des cadres. Équilibre graphique majestueux. Six rectangles tracés blanc sur fond ocre. La bande supérieure du filet qui s’infléchit légèrement en son centre propose la seule ligne discrètement brisée de la composition. Le grand cadre vert anglais. Il sera question de géométrie, de symétrie.
Johnny dira : « C’est très tendu, mais rien n’est impossible. » Avant un Américain avait joué deux sets. Celui qui prendra sa retraite sans avoir gagné ce tournoi qui lui était promis. (...) Lire 

viens donc jouer

par

je n’ai aucune envie que la mort revienne alors je mets un garrot sur mon bras et je le fais tourner comme une girouette noire les passants me regardent, ils ne pensent pas à la mort une femme s’approche, ses bracelets s’entrechoquent, ses dents brillent ses cheveux sont dénoués, elle sourit si fort que je défais mon garrot pour pouvoir la gagner — Viens donc jouer au moment où je saute sur un pied pour la première fois je (...) Lire 

Marnie

par

Marnie Louise a vingt-six ans. Depuis cinq ans, elle dresse des tigres.
Chaque jour, sur la piste du cirque, elle fait face à sept fauves adultes (panthera tigris de la famille des félidés) qui doivent peser chacun dans les 250 kg. C’est une jeune femme brune, de taille moyenne. Son regard direct, d’une intense couleur vert émeraude, vous fixe avec une certaine réserve mais sans arrière-pensées.
Marnie Louise est belle.
Elle accepte dans un sourire d’être interviewée par une néophyte qui n’a même (...) Lire 

un menu pour rabibocher deux ami(e)s dont le couple vacille

par

Du côté de vos amours, c’est pour une fois le calme plat, et même vos vacances à la mer n’y ont rien changé. Des coups de soleil, oui, la brise éphémère du garçon de plage du Grand Hôtel, certes, mais pas le moindre vrai de coup de vent. Aussi, dans ce reposant marasme, vous avez tout loisir de vous consacrer à ce couple d’amis, à moins que ce ne soit d’amies, que vous avez la mauvaise surprise de trouver, en rentrant, en plein avis de tempête. De là à ce que chacun ou chacune mette définitive-ment les (...) Lire 

fourmi(s)

par

m’entends-tu même dans le silence passe une colonie de petits animaux donne un jour supplémentaire à vivre passe léger surtout léger le goût qu’il donne* – Anne Portugal, Le plus simple appareil, POL, 1992.
à Anne Portugal
Vues de haut, d’étroites bandes sombres au tracé sinueux se développent sur le sol, gravis-sent des obstacles, s’étirent le long des murs, disparaissent dans le couvert végétal. L’observation du peuple des fourmis et le déchiffrage de ses déplacements exigent qu’on s’approche. Cependant, (...) Lire 

mon film préféré

par

Mon film préféré fut tourné aux États-Unis en 195 ?, mais on n’y reconnaît pas grand-chose du folklore de l’époque. Il est court et fauché - un ou deux intérieurs, un seul extérieur, trois personnages, quatre ou cinq figurants.
L’histoire. Je me la rappelle triste et simple. Elle est contée consciencieuse-ment, sans une once d’ironie. Son cadre a beau n’être pas réaliste - usine du futur proche ? Far West ? hôpital louche ? Mexique ? autre planète ? - et accueillir l’intrus - médium ? homme invisible ? (...) Lire 

1. fabriquer ses lieder

par

Fabriquez vos lieder romantiques
Laissez passer la colonne d’air vibrant qui vient du ventre. Trouvez le point lumineux et le souvenir gravé Faites le noir profond en écrasant vos paupières. Contours de clignotis de photons. Bip-bip-bip. Silhouette de craie sur gris. Petite image zébrée, c’est là. C’est la bonne chanson.
Lisez avant de chanter
Isolez-la du reste des choses inutiles stockées malgré vous depuis longtemps. Vieilles machines, ex-tôle de voiture, morceau de feutre dans tuyas, tessons (...) Lire 

le cristal des Carpathes

par

Mère et fille viennent des Carpathes, elles tiennent un stand derrière lequel elles vendent des cristaux, l’hiver est consacré à la taille précieuse des cristaux dans les Carpathes, l’été elles commercialisent, elles dressent où qu’elles soient leur éventaire, la clientèle afflue pour acquérir des cristaux des Carpathes, le prix du cristal des Carpathes est modique et sa qualité délicieuse, mère et fille se ressemblent, elles évitent de se blesser avec les cristaux des Carpathes qui à force s’émoussent, (...) Lire 

Un lieu

la Caravelle, une cité HLM

La Caravelle, une cité HLM

par

C’est l’histoire de La Caravelle, un ensemble de barres HLM construit à Villeneuve-la-Garenne entre 1959 et 1968, qui contient dans son nom la promesse d’un nouveau monde. C’est l’histoire de La Caravelle au moment où Roland Castro s’apprête à la remodeler intégralement. C’est l’histoire d’une cité qui devient neuf quartiers. C’est l’histoire de ses habitants, de ceux qui sont partis, de ceux qui sont venus, de ceux qui ne veulent pas la quitter. C’est aussi une histoire à la fois singulière et exemplaire (...) Lire 

Minorités

feuilleton du minoritaire

« la traduction infidèle »

par

Il y a un an et demi paraissait chez Albin Michel la traduction française d’un livre essentiel de Joan W. Scott, La Citoyenne paradoxale (Only Paradoxes to Offer). La presse française lui fit peu d’écho, plus occupée à chroniquer l’ouvrage anecdotique, mais mondain, de Sylviane Agacinski, Politique des sexes. En plein débat sur la parité, une mise en regard des deux livres, publiés dans un mouchoir de poche, était pourtant éclairante : là où la Française s’enferre dans une casuistique très banale de la (...) Lire 

Vacarme 09

Vacarme 09 / automne 1999

Rédaction en chef la revue Vacarme

Parution le 11 octobre 1999 Édition Vacarme

Pages 96 ISBN 9782915547801

Diffusion en librairies Difpop

Diffusion numérique Cairn

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