Vacarme 01

hiver 1997

Vacarme 01

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éditoriaux

éditorial

par

L’Histoire, c’est où ? En face.
Nos conservateurs manquent de fantaisie. Les artistes se retrouvent « Face à l’histoire », titre de l’exposition qui a lieu en ce moment au Centre Georges-Pompidou. Seulement voilà, à partir des années quatre-vingt, il semble que les artistes croisent les journalistes sur le terrain du direct (la guerre du Golfe, la Bosnie, le Rwanda) et du reportage chirurgical, et se laissent inspirer par eux. Catalogue d’horreurs fétichisées pour être élevées au rang d’œuvre. Les (...) Lire 

sur un quai de la gare de l’Est

par

c’est toujours la même histoire juive, entre Lemberg et la Place de la République, il commence : « mais pourquoi tu me dis que vous voulez lancer un nouveau journal politique pour me faire croire que vous ne faites rien alors que je sais bien que vous êtes en train de le faire ce journal,... ». L’histoire est infinie, mais le voici enfin ce journal politique, politique au sens le plus large, au sens d’une époque où la politique est d’autant plus essentielle qu’elle doit se faire modeste : moins le (...) Lire 

Chantier

La santé : affaire privée, affaire publique

avant-propos

À maints égards, les grandes logiques de notre époque nous ont beaucoup nui.?À d’autres égards, non. D’où les Chantiers de VACARME. On aurait pu aussi bien appeler cela : laboratoires, ateliers, usines à gaz...
Bref, c’est une rubrique expérimentale, non thématique, où il s’agit avant tout de redonner consistance à l’actualité en se confrontant moins à ses événements « à chaud » qu’aux problèmes récurrents qui la soutiennent.
Suivant trois axes ? : d’abord partir davantage des questions d’usage et de pratiques (...) Lire 

maladie privée, santé publique

par

L’idée de santé publique n’a rien de spontané. elle implique que la maladie ne soit pas hasard, mais scandale, qu’elle engage, au-delà du corps, la collectivité toute entière. au croisement de nos souffrances intimes et des problèmes de tous, les questions qu’elle pose dessinent le lieu même du politique.
Il y a un an : les grèves « de l’automne ». Pour la Sécu, pour la protection, pour être ensemble, pour dire enfin non, pour... défendre Blondel ?! Il n’y a rien de plus triste que les bilans et les (...) Lire 

Hygiénisme et libéralisme

par

« Pour soi, tout est permis », et on sombre dans la médiocre apologie du décadent. « Soyons hygiénistes » et c’est la misère du souci de soi petit-bourgeois. Mais comment on s’en sort ?
Une politique de santé responsable est d’abord une politique de prévention, de prophylaxie. On parle même aujourd’hui de médecine prédictive à venir, une médecine qui permettrait de prévoir les maladies pour mieux les éradiquer. Nul ne peut être en désaccord avec cette idée, la plus simple, la plus rationnelle, la plus (...) Lire 

l’Europe de la santé rentable

par

les politiques de maîtrise des coûts cachent une réelle volonté des États de se
désengager du financement de la santé publique. Tous les moyens sont bons
pour accélérer la privatisation du système sanitaire.
Entre leur volonté de réduire les déficits budgétaires et leur désir de satisfaire aux critères de convergence de Maastricht, les États membres de l’Union européenne font preuve de très peu d’originalité dans leur politique de maîtrise des dépenses de santé.
Les symptômes sont les mêmes pour tous : (...) Lire 

littérature et maladie

par

Si la maladie est toujours prise entre l’intime et le politique, elle rejoint, sur cette frontière, l’expérience littéraire. L’œuvre de Fritz Zorn (Mars, Folio Gallimard), celle de Max Blecher (La Tannière éclairée, Maurice Nadeau), témoignent de cette proximité.
Étrange exigence que celle de la littérature : parler de soi, de sa maladie à soi, mais en parler à tous, dans un style et une posture artistiques, c’est-à-dire aux antipodes du triste sceau de la confidence et du gémissement. Rien de plus ambigu (...) Lire 

sujets de l’histoire

réfugiés : citoyens de l’exil

avant-propos

La liberté est un étrange objet de partage. Elle n’est complète, en effet, que si chacun peut y prendre part : être libre dans son coin, c’est être à moitié libre. Le droit d’asile accordé aux étrangers victimes de persécutions politiques n’a pas d’autre justification que cette sorte d’hospitalité sans laquelle la liberté serait méconnaissable.
La constitution montagnarde de l’an III l’énonce simplement : « Le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté, Il la (...) Lire 

exil, métro, dodo...

par

Faut-il voir, derrière tout prétendant au titre de réfugié, un émigrant économique en puissance ? Soupçonner, sous chaque demande, un désir d’ascension sociale et d’enrichissement ? C’est ce que semblent aujourd’hui penser beaucoup des responsables politiques et administratifs en charge de l’asile. La sélection toujours plus drastique des réfugiés procède du raisonnement suivant : si un aspirant au refuge choisit pour destination l’Europe plutôt que le tiers monde, c’est forcément parce qu’il souhaite aussi (...) Lire 

rencontre du troisième collectif

par

Ce fut l’un des ricochets les plus inattendus de Saint-Bernard : la mobilisation des sans-papiers chinois, d’habitude invisibles, et leur regroupement au sein d’un collectif. Zoom sur un mouvement exemplaire, et sur la vie après les lois Pasqua.
L’information a circulé de bouche surprise à oreille stupéfaite : « il y a même des Chinois ! » Ceux, militants associatifs ou simples citoyens, qui manifestaient cet été leur soutien aux sans-papiers de Saint-Bernard, y ont tous vu un signe. Que des membres de (...) Lire 

démocratie

veillée d’armes à l’American Colony

par

« Comment peut-on parler de démocratie quand les territoires sont bouclés, quand les gens sont réduits à la misère, qu’ils ne peuvent se nourrir décemment et se soignent avec peine ? », répond Ilan Halevy, responsable du Fath, délégué à l’Internationale Socialiste.
Faute d’être un État souverain, la société palestinienne est contrainte à l’état d’urgence par une puissance — dans le cas d’Israël, la question de la puissance dépasse le fait de l’État — dont la première réponse est sécuritaire. Après les attentats (...) Lire 

à élu, élu ennemi

par

Les élections de janvier 1996 et le conseil législatif ont une portée symbolique de première importance pour la fondation de la démocratie en Palestine. Symbolique parce qu’en réalité, il en a été autrement.
« Le Conseil représente une bougie allumée, bien que les élections n’aient pas été très orthodoxes. Le résultat, nous le considérons comme démocratique malgré ses vices de formes et ses tricheries, ses luttes d’influences et une certaine corruption. Le Conseil est désormais pourvu de membres conscients et (...) Lire 

le ventre vide, les poings liés

par

Un mécontentement général s’élève de la population qui, depuis la signature des accords, a vu sa situation empirer.
L’homme de la rue, bien qu’il se voie souvent imposer le couvre-feu par les forces d’occupation, comprend que la démocratie nécessite la création, pratiquement ex nihilo, d’un appareil administratif. Il sait bien que l’installation d’une structure économique est complexe. Il se rend aussi compte que certains de ses concitoyens sont privilégiés, et que le fossé entre riches, très très riches, (...) Lire 

mythes en partage

par

Comment des mythes fondateurs — démocratiques ou religieux — sont aujourd’hui le passage obligé de la reconstitution d’un paysage politique.
Au lendemain de la crise de septembre 1996, la grande vague du sentiment national a porté la population vers le pouvoir qu’il contestait juste avant, cela grâce à Benhyamin Netanyahou. Le sentiment national est important, certes, mais il vaut mieux le gérer à dose homéopathique. Plus tard, quand la société palestinienne aura acquis son indépendance et sa (...) Lire 

l’opposition aux abonnés absents

par

L’enjeu d’un premier scrutin libre n’est pas tant de coller aux normes électorales développées en Occident, que de prendre la mesure des rapports de forces sociaux et politiques en vue de permettre la construction démocratique. Au-delà des nombreuses irrégularités constatées lors du scrutin du 20 janvier 1996, c’est la non représentation de l’opposition qui pose problème dans les premières élections palestiniennes.
D’emblée, ces élections ne pouvaient pas répondre à l’idéal démocratique. Par définition, (...) Lire 

la bande des cinq

par

La clé de la démocratie internationale telle qu’elle fonctionne au sein des Nations Unies est confisquée par les cinq grands.
Personne ne conteste que le monde soit dans une interdépendance généralisée. Dans ce mouvement, récemment accéléré, une idée reçue qu’il serait de mauvais goût de discuter conduit à exhorter tous les systèmes politiques internes à s’aligner sur celui des démocraties parlementaires occidentales. « Le moins mauvais des régimes », selon le mot de Churchill. Les Nations unies en ont fait un (...) Lire 

la gauche à l’assaut des familles

par

André Fortané a fondé le Conseil national des associations familiales laïques (CNAFAL) en 1967 et fait scission en 1988 pour créer l’Union des familles laïques (UFAL). Sans jamais avoir été affilié à un parti, son engagement de militant de gauche a été sans partage : brigadiste international pendant la guerre d’Espagne, il a été résistant et déporté pendant la seconde guerre mondiale. Il préside l’UFAL pour la dernière année.
M. Moreau a longtemps été syndicaliste CFDT dans la métallurgie. Ce n’est qu’en 1992 (...) Lire 

Minorités

vieux : la minorité qui nous attend

les vieux, une minorité ?

par

Le monde des vieux est d’abord un monde de la norme, des maisons de retraite à la presse spécialisée, des universités du « troisième âge » aux injonctions de vivre une « vieillesse active », le monde des vieux est l’objet d’un entrelacs d’institutions gestionnaires de la santé, du goût, de la vie de leurs patients, le vieux, un personnage étudié, géré, normalisé.
Ce monde de la vieillesse est une invention récente. Au milieu du XIXe siècle, l’industrialisation impose la mise au travail et la fixation de la (...) Lire 

intérieurs vieux

par

L’ancien hospice, paraît-il, est moribond, des établissements spécialisés le remplacent, qui prétendent donner une forme d’autonomie, à ceux qu’on n’appelle plus désormais « pensionnaires » mais « résidents ».
On donne ici un entretien avec l’une des participantes à un atelier d’écriture et un extrait du journal interne. Où l’on voit une personne âgée qui, à force de se plier à l’ordre de l’institution, ne montre qu’une chose : ça ne va pas. Ailleurs, des maisons de retraite invitent leurs résidents à emménager (...) Lire 

reconstruire un « chez soi » en maison de retraite

par

Trois maisons de retraite situées en banlieue parisienne ont pris le parti de permettre — et même de recommander — à leurs résidents d’emménager avec leurs meubles. Elles leur offrent ainsi l’opportunité de construire ou de reconstruire un véritable chez-soi. Ni mouroirs ni hôtels de luxe, ces institutions cherchent simplement à se mettre au service des personnes qu’elles accueillent. Ce qui paraît être la vocation première de tout établissement d’hébergement des personnes âgées mérite d’être souligné tant (...) Lire 

le marketing des Papys

par

Phénomène encore récent en France, mais plus confirmé aux États-Unis, « les vieux » deviennent une cible et un référent privilégiés des statégies marchandes et publicitaires.
On pourrait espérer que le « senior marketing » contribue à améliorer la représentation de cet âge de la vie (jusqu’ici ignoré dans ses droits et ses aspirations spécifiques à la consommation), voire même, à promouvoir une meilleure intégration des dits seniors dans la société et ses espaces communicationnels, y compris celui de la (...) Lire 

l’âge et la lumière

par

Quand la lumière se fait moins vive, sur le chemin de la vie, le regard s’aiguise, et le récit devient lumineux.
Le chemin parcouru s’est étiré au fil des ansjusqu’à devenir un long ruban que l’on a fini par porter avec soi comme une traîne. Il a été et est encore diversement éclairé. D’abord la lumière a été vive et instantanée. Elle rendait parfaitement visibles les événements de proximité et crûment perceptibles les personnes et les choses côtoyées. Elle permettait d’aimer follement le jour pour ses (...) Lire 

Kazuo Ohno ou les ressources de l’épuisement

par

À 86 ans, Kazuo Ohno continue de proposer une danse hors des sentiers autorisés.
Une disqualification de principe frappe, aujourd’hui plus que jamais, toute forme de (re)présentation du corps vieillissant. Les discriminations qui en résultent et la répression qui en procède sont aussi terribles qu’insanes. Toutefois, cette répression n’a cessé de susciter nombre de postures critiques ou insurrectionelles qui, d’un champ artistique à l’autre, témoignent d’une vigilance en actes. En danse, quelques (...) Lire 

la vieille amoureuse

par

« le haut du pavé appartient à ceux qui gagnent des héritages avec leurs nuits, (...) c’est-à-dire qui passent par la vessie d’une femme fortunée » (Juvénal. Satires, I 37-39)
Un dessin du peintre néertandais Hendrick Goltzius pose de façon aiguë le problème de l’exclusion du désir sexuel des vieux dans la société moderne qui s’élabore au début du XVIle siècle. Couples mal assortis, vieilles entremetteuses, gitanes burinées et jeunes seigneurs, vieillards amoureux : les thèmes s’enchevêtrent dans la peinture (...) Lire 

Beckett ou l’éternelle vieillesse

par

Beckett ou l’éternelle vieillesse « Je gardais le meilleur pour la fin, mais je ne me sens pas bien, je m’en vais peut-être, mais ça m’étonnerait. C’est une défaillance passagère, tout le monde connaît ça, on défaut, puis ça passe, les forces reviennent et on recommence (...) Pourquoi ce besoin d’activité ? » (Malone meurt)
Naître vieillard chenu, sans avenir, au passé oublié, réinventé, reperdu, sans dehors, sans utilité, ne pouvant rien, ne voulant rien, sans but, sans croyance, avec seulement son lit, (...) Lire 

une musique de jeunes

par

Le plus vieux disque du monde est anglais. Il fut enregistré autour de 1980 par le groupe Joy Division, dans le cadre de l’émission radio de John Peel. On dirait aujourd’hui : un concert « unplugged ». Il a été réédité en CD (une pochette verte atroce, vous ne pouvez pas vous tromper).
Ce disque est un sarcophage. Malgré le son digital. la batterie y demeure enfouie, égarée dans des rêves sans images qui n’ont pas l’air d’être gais, qui la laissent suspendue comme une phrase, D’aussi loin qu’on s ’en (...) Lire 

résister, inventer, produire

l’école, comme si on y était

Cinq jeunes profs dans une chambre, cinq profs du public et de la banlieue parisienne, Aubervilliers, Pantin, Les Mureaux , de lycée et de collège, qui se réunissent autour de la question : « Mais qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? »
Evidemment ça fait d’abord peur, et ça s’annonce accablant d’avance. Râler, encore se plaindre, encore pleurer, encore parler, encore râler... ou alors l’étendard républicain et tous ces mensonges sur l’égalité des chances et l’évangélisation des banlieues. Misère. Mais (...) Lire 

toutauto dans le métro

par

On ne vous l’a peut-être pas dit à la télé. Mais si vous êtes un fervent voyageur des rames de la RATP, vous devez sûrement être au courant.
Des jingles, la RATP a l’habitude d’en diffuser : « N’achetez pas votre ticket à un revendeur à la sauvette... », « Faites attention à votre sac... », « Si vous voyez un colis suspect, prévenez les agents de la sécurité... », etc. Mais celui qui m’a définitivement réveillé, une bonne heure après mon radio réveil, celui-là je ne l’avais jamais entendu.
« Le mondial de (...) Lire 

devenirs massacrés

par

Des hommes, des femmes, plus ou moins jeunes,des enfants aussi. Des gens. Que le destin, ou plus humblement le hasard, fit sortir du chemin dont ilsavaient peut-être rêvé, auquel peut-être aussi ils n’avaient pas même songé. Chaque fois pourtant le cri silencieux d’un arrachement. Pour que ce cri ne s’abîme complètement dans l’oubli, nous nous proposons ici d’honorer leur mémoire. Avec la retenue de celui qui ne sait qu’en dire. Avec la conviction cependant de celui qui demeure stupéfait.
A tous ceux-là (...) Lire 

Vacarme 01

Vacarme 01 / hiver 1997

Rédaction en chef Philippe Mesnard & Mathieu Potte-Bonneville

Parution le 3 février 1997 Édition Vacarme

Pages 80 ISBN 0

Diffusion en librairies Difpop

Diffusion numérique Cairn

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