Vacarme 25

automne 2003

Vacarme 25

numéro épuisé

À nos lectrices et lecteurs

Ce numéro, Vacarme 25 (automne 2003), est désormais archivé et tous ses articles sont accessibles dans leur intégralité. Vacarme aime la gratuité, mais une revue existe grâce à ces abonné·es. Abonnez-vous.

Éditorial

une race de guerriers

par

C’est une nouvelle de Robert Sheckley (l’été, on relit des bêtises. L’automne, on regrette). Écrite en 1952 et publiée dans Galaxy, on la trouve traduite dans plusieurs recueils, par exemple celui-ci, Tu brûles ! chez Presses Pocket, collection « le grand temple de la science-fiction », recueil nanti d’une couverture argentée qui, sur mon exemplaire, est parvenue à jaunir (très curieux, l’argent jaune) et ornée d’un dessin idoine — un type en toge, juché sur un astéroïde. Sheckley est un auteur mineur, non (...) Lire 

Entretien

Loulouwa Al Rachid

La société irakienne avait été la grande absente des débats sur la guerre. Dans les deux camps, on parlait pourtant beaucoup en son nom. Au risque d’être démenti ?

Chantier

le secret

dévoiler, se dévoiler

avant-propos

par

N’avoir rien à cacher ; se cacher pour être heureux : deux exigences adressées à soi, ou à autrui, qui sont aussi deux formes concrètes d’engagement. Le secret se situe à la démarcation entre ces deux choix. Certes, lorsqu’il revient sous l’aspect du complot ou de la conjuration, le secret se pare encore des atours de l’occulte, dont quelques uns entretiennent le commerce. Mais, au-delà, il traverse et travaille la vie collective dans ses préoccupations les plus routinières, qui sont aussi parfois les (...) Lire 

du lit de la tyrannie au droit à l’indifférence

par , ,

La légitimité du secret est toujours plus discutée. Pourquoi alors les pratiques de dissimulation subsistent-elles ? C’est que le secret incarne toutes les ambiguïtés démocratiques : on le refuse souvent à autrui, quand on ne cesse de le réclamer, à bon droit, pour son propre compte.
C’est un petit badge que l’on peut télécharger, en ce mois de mars 2003, sur le site internet du magazine américain The Nation (). En lettres blanches sur fond violet, juste trois mots : « Secrecy Promotes Tyranny ». La (...) Lire 

votre vie privée contre la nôtre

par

Nous reproduisons ici la tribune que l’association Act up-Paris avait publiée dans Le Monde daté du 26 juin 1999. Ce document sur la dissimulation et la révélation répondait alors aux attaques acérées et multiples dont Act Up avait fait l’objet lorsqu’elle menaça de recourir à l’outing.
Délation, inquisition, pratique policière, terrorisme, totalitarisme, fascisme, etc. La presse n’aura pas manqué de vocabulaire pour dénoncer notre projet de outing. Nous nous sommes déjà exprimés sur les raisons, peu (...) Lire 

enquête sous le regard public

S’il est un domaine qui semble tout entier fait de secret et de stratagèmes, c’est bien celui de l’enquête policière. Mais quel usage est-il fait du secret, et quelle en est la nature, lorsque l’enquête est menée sous le contrôle de l’opinion, et veut faire la lumière sur des opérations de police ? Cette tension définit, en quelque sorte, la commission d’enquête, institution majeure, en Amérique du Nord, de l’exigence de publicité et de transparence, mais aussi du rapport à la puissance publique. J.-P. (...) Lire 

archives en suspens

Dépositaires des choses passées, nos archives sont la trace de ce qui n’a pas été détruit, de ce qui a échappé à ce silence tombal qui menace tout écrit dont nul ne se serait soucié de la conservation et de la publicité. L’archive est toujours, de cette manière, une rescapée du secret scellé par le temps. Préférer la conservation à la destruction, c’est s’engager, et engager les générations qui viennent, quant au partage entre le secret et le public.
Un engagement, donc, pour la sauvegarde des archives comme (...) Lire 

la loi, les archives, l’histoire

par

Comment écrit-on l’histoire ? Cette question revient fréquemment dans le débat public, à propos de Vichy, ou de la guerre d’Algérie. Dans l’enceinte parlementaire, on vit récemment un Premier ministre plaider pour une ouverture plus large des archives publiques. Or, puisque l’histoire s’écrit essentiellement à partir d’archives, les liens doivent donc être questionnés qui unissent les archives, la recherche historique et le droit : y a-t-il un « secret des archives » qui entraverait l’écriture de (...) Lire 

« en alerte face à l’histoire »

Revenant sur le silence du 17 octobre 1961, nous avions rencontré il y a quelques années Brigitte Lainé et Philippe Grand, archivistes depuis 1978 aux Archives de la ville de Paris. Un an auparavant, en mars 1999, ils avaient en effet répondu à la convocation du juge et témoigné en faveur de Jean-Luc Einaudi, mis en cause par Maurice Papon, préfet de Paris en octobre 1961, dont J.-L. Einaudi avait affirmé qu’il était le responsable d’un « massacre ». Le juge avait alors débouté M. Papon de sa plainte (...) Lire 

le secret et la prophétie

par

Le ministre est l’affidé du prince : il prolonge le mystère de sa charge. Pourtant, l’indubitable stupéfaction de Gœbbels, lorsqu’il découvre ce qu’est vraiment le génocide des Juifs d’europe, oblige à renverser le secret, pour le penser comme forme même de son contraire, la prophétie.
1.
Les juifs vont à présent être expulsés vers l’Est à partir du Gouvernement général, en commençant par Lublin. Il est employé ici une méthode passablement barbare et qui n’est pas à décrire plus avant, et qui des juifs (...) Lire 

pragmatique du secret médical

par ,

Le secret médical est souvent le paravent du corporatisme des médecins, qui vont jusqu’à contester aux malades la consultation de leur dossier. comment défendre le secret ? Comment le contester, aussi, même d’un point de vue de malade, sans donner plus de prise au pouvoir ?
« Le secret médical n’a pas été fait pour qu’on taise des risques ! » Nicolas Sarkozy, le 14 janvier 2003 à l’Assemblée Nationale. « Rompre le contrat de confiance entre le praticien et le malade, c’est transformer le premier en flic et (...) Lire 

vœux bien nus de nos cols hauts de viles pentes

par

L’art de gouverner s’est doté au fil des siècles de savoirs propres, avec leurs dépositaires et leurs techniques. Les secrétaires d’État, d’abord « clercs du secret » sous Philippe le Bel, enrichirent ainsi l’art de maintenir et partager les secrets du Prince des affaires publiques. À l’âge classique, les techniques de sceau et de cachet, mais aussi les techniques cryptogrammatiques de toutes les sortes, se déployaient alors même que le Prince ne pouvait, déjà plus, se soustraire à l’exigence de (...) Lire 

une ténébreuse petite affaire

par

Sous le silence, on veut entendre le stratagème du complot, là où il n’y a trop souvent que l’immuable pesanteur de la société. Le dévoilement devient alors un exercice, qui refuse le spectaculaire, mais exige l’engagement ; et découvre un peu ce que la représentation politique dissimule.
Il prit contact avec moi l’hiver dernier. Il ne voulait pas « en » parler au téléphone. Nous avons donc pris rendez-vous dans un café bruyant à Paris, un samedi après-midi. Jean-Claude est (aujourd’hui, il faut dire : « (...) Lire 

arsenal

un nomadisme affirmatif

par

À côté de la production inventive de modalités de contestation, ce qui se dégage aujourd’hui de la mobilisation des intermittents est peut-être, fondamentalement, ceci : à travers un travail d’analyse et de réflexion collectifs, ce mouvement produit l’expertise sur le statut qu’il défend.
Ce sont donc quelques milliers d’acrobates et de jongleurs qui ont réussi ce que n’avaient pu produire, au printemps, des professions plus puissantes et plus protégées : non pas (encore) une victoire mais, ce que (...) Lire 

pour une culture sans « exception »

par ,

Ce texte est une contribution collective destinée à nourrir la réflexion d’un atelier de la coordination des intermittents et précaires d’Île-de-France. C’est ainsi qu’il peut être lu, et non comme une position officielle de cette coordination.
Pour la rentrée se préparent deux grands raouts sur la politique culturelle lancés respectivement par Jean-Jacques Aillagon, actuel ministre de la culture, et Jack Ralite, sénateur communiste et « ami des arts ». Tous deux centrés sur la notion d’« exception (...) Lire 

Processus

excursus

par

Mise en page du laboratoire de Salvatore Puglia : d’un côté les images sources, archives iconographiques d’une Europe fasciste ; de l’autre les mêmes détournées par l’artiste, séries étranges, architectures et silhouettes comme surgies de la mémoire. Des unes aux autres un trouble, et une interrogation que le peintre formule pas à pas dans les textes qui accompagnent ses expositions .
T-01. La solitude des monuments
« I monumenti debbono giganteggiare nella loro necessaria solitudine » ; Les monuments (...) Lire 

une banquette contre l’aura

par

Nombre d’œuvres contemporaines ne se présentent plus comme des objets à regarder mais comme des situations dont le public est l’acteur. Une telle esthétique, baptisée « relationnelle », n’a pas manqué de susciter des réserves chez les passéistes tenants du modernisme et de l’autonomie sacrée de l’art. Et s’il fallait, contre ces derniers, la soutenir résolument, mais pour de tout autres motifs que ceux invoqués par ses champions ?
Le spectateur est devenu un personnage majeur de la scène artistique (...) Lire 

la vérité vraie

par

D’un côté, des spectacles qui rendent compte des souffrances vécues par des victimes de génocide ou des exilés à travers une mise en scène de témoignages. De l’autre, des associations qui aident à l’émergence de ces récits et travaillent à leur mise en forme. L’authenticité est le résultat d’une élaboration formelle où l’esthétique théâtrale rejoint l’action politique.
Six créations théâtrales récentes parlent des souffrances liées aux guerres et aux massacres, ainsi qu’à l’exil, à l’errance et au confinement des (...) Lire 

chroniques

une journée dans la rade / 4

par

Un de mes maîtres, à propos d’un fait politique majeur ayant trait à la puissance industrielle entama ainsi une réunion : « De toute façon, je serai crevé... ». Un homme âgé parlait, je l’écoutais à grand-peine car, simple secrétaire d’Etat, je n’aurais pas dû être présent à ce conseil restreint. Le vieux président parlait, à propos de la Chine, du savoir-faire que nous rétrocédons an après an à cette enclave, et de l’indifférence de nos ouvriers à une déperdition qui devrait les alarmer. Il rappelait que l’on (...) Lire 

c’est très intéressant de regarder courir les athlètes

par

C’est très intéressant de regarder courir les athlètes, ou sauter, ou lancer des trucs. J’adore regarder les athlètes des journées entières. Et Marie-Jo Perec aussi a regardé des athlètes, parce qu’on l’a retrouvée pas très longtemps avec ses grands yeux désabusés elle nous a dit comme d’habitude que non, ce ne serait pas possible cette fois—ci mais bientôt sûrement.
Claude Serrière fit brusquement irruption dans ma vie, c’est-à-dire qu’il courut en soufflant brusquement au-dessus du jardin. Le village, quand (...) Lire 

midi

par

Poésie traduite de l’américain par Rémi Bouthonnier.
comment la photographie a changé le visage humain
1
C’est un monument au numéro un.C’est ton visage dans la vitre.C’est quelqu’un que tu ne reconnaîtrais jamais.C’est quelqu’un qui est mort.Pleure. Tu es censé pleurer.Ça secoue la maison, éclate les fenêtresdans un ouragan. Histoire verrouilléedans la pellicule.
2
Et qu’est-ce alors qui est arrivéau visage
Tu passes inciséavant c’était défaitet encore et encoreet nous dirions
ou aurions dit (...) Lire 

carnet italien

par

Berlin, juillet 1988 (avec Paul Sharits)
Caravage, l’Amour vainqueur.
Le luth a 7 cordes visibles sur 14, de plus en plus fines de droite à gauche. Le violon a ses 4 cordes, les crins de l’archet sont coincés sous le manche (est-ce possible ?). La musique paraît lisible. Le compas chevauche l’équerre (comme le manche du violon passe à travers l’archet). Des métaphores pour chevaucher ? Le bout du gland de l’Amour avec son ouverture est visible à la pointe du prépuce.
Plumes gris-brun, nettes mais (...) Lire 

traduire les noms propres

par

*Comment traduire les noms propres ? Je ne vais pas pouvoir parler ici d’une théorie bien établie sur la traduction des noms propres, je vais juste évoquer divers questionnements autour du nom propre
*Les noms propres, c’est en général ce qui demeure dans le texte traduit comme le seul témoin du lieu de départ, l’ombre partielle du texte original qui le hante. Ils peuvent se déplacer tels quels au cours de sa transplantation d’une langue à l’autre.
*Je dis ça comme cela. Mais c’est une règle (...) Lire 

le cormoran / un souffle d’âme

par

Deux yeux rouges fichés sur un bâton de suie scrutent l’horizon. Plongent d’un seul coup. Et la mer se referme. Rien ne reste, pas un pli, pas un son. A peine a-t-on vu se dresser ce bout d’observatoire coudé en cintre, qu’il ne nous regarde plus. Il part avec son tuba faire la surprise aux poissons. Mener sa vie sous-marine / Ne dit-on pas que c’est là, justement là, quelque part dans le cou, que l’âme tient au corps ? C’est la fin de la saison. Et te voilà chaussé de grandes phrases, t’est-il si (...) Lire 

John Clare, forêt, amours, folie - poésie

par

« Le 8 mars 1860Cher MonsieurJe suis dans un asile de fous et je ne me rappelle plus votre nom ni qui vous êtes. Il faut m’excuser car je n’ai rien à communiquer ni à dire et je ne sais pas pourquoi je suis enfermé Je n’ai rien à dire c’est pourquoi je conclusMes respectsJohn Clare »
vie
Grand poète anglais, fut paysan — de la chaumière où il naquit, à Helpstone, en 1793, jusqu’à l’asile de Northampton où il mourut, âgé de soixante-dix ans. Se loua, travailla dans les champs, les jardins de fermiers, au (...) Lire 

Enquête

droit de fuite - asile, exils

Le silence au bout du voyage, la recherche du travail à tout prix, l’expérience d’un collectif pour arracher des droits. Histoires d’exilés.

introduction

par

l’ici et ailleurs de la liberté de circulation et l’autonomie des luttes des migrants Lire 

quel asile en France ? (un guide)

par

L’article 4 du Préambule de la Constitution de 1946, en énonçant que « tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République », définit le droit d’asile constitutionnel.
La France a ratifié la Convention de Genève du 28 juillet 1951 qui, complétée par le protocole de New York du 31 janvier 1967, offre une protection aux personnes craignant avec raison de subir dans leurs pays des persécutions du fait de leur appartenance à une ethnie ou à (...) Lire 

Portopalo

par

Du centre d’enfermement de la Via Corelli à Milan au cimetière des immigrés de l’île de Lampedusa, Federica Sossi restitue ces « autobiographies niées » dont ici les traces - bagues, papiers d’identité, cadavres - furent recouvertes tout autant par la mer que par un silence collectif.
Entre chaque maison, dans les rues d’ici, il y a aussi les morts. La douleur des proches, autour de qui tous se rassemblent, et quelques mots, de leur fille, de leurs parents ou des petits-enfants, signes de remerciement (...) Lire 

au square - le Collectif de soutien aux exilés du 10ème arrdt de Paris

par

hiver 2002-2003 : parfois venus de Sangatte ou du Calaisis, des irakiens, des afghans et des iraniens se retrouvent dans un square de Paris. Un collectif de soutien, créé autour d’eux et avec eux, met en place un dispositif ou les questions stratégiques croisent les problèmes singuliers. récit.
Ils ont une vingtaine d’années - certains d’entre eux sont mineurs. Ce sont des jeunes hommes ; il n’y a pas de femmes seules parmi eux, et les quelques familles qui rejoindront le groupe par la suite (...) Lire 

le kiosque

par

rencontres, derrière les haies bien taillées d’une banlieue chic de l’ouest parisien, de bourgeoises cherchant une main d’oeuvre domestique à bas prix, et de femmes, étrangères pour la plupart, souvent sans papiers, cherchant, à tout prix, un travail. un marché inégal.
Juillet 2003, avec le collectif Précipité
À Neuilly-sur-Seine, un kiosque à journaux, une cabine téléphonique, un banc. Des magnolias géants installés par la municipalité reconnaissante autour d’un carrefour Playmobil, un pâtissier élégant, (...) Lire 

la Sonore

dans la frontière

Dans un foyer Emmaüs à Paris, des voix racontent ce que constitue la frontière dans l’expérience de la migration. Première édition de la nouvelle rubrique sonore de Vacarme.

La Sonore : une caisse de résonance

La Sonore, ce CD qu’on trouvera désormais dans chaque numéro de Vacarme, est née d’une rencontre. Isabelle Rèbre et Benoît Artaud, tous deux producteurs de radio, avaient depuis longtemps le projet d’une revue sonore. Il y manquait un support qui en permette la diffusion : une caisse de résonance. Ils étaient lecteurs de Vacarme, ils nous ont proposé de travailler ensemble.
Le titre « Vacarme » avait tout l’air d’une invitation. Adjoindre une rubrique sonore à la revue papier, c’était aussi reprendre et (...) Lire 

rue des Pyrénées

par

Au début du mois de janvier 2003 à Paris, le collectif Précipité a engagé un travail de réflexion autour de l’idée de « frontières » à l’intérieur du foyer Emmaüs de la rue des Pyrénées. Depuis quelques années, la plupart des gens qui y trouvent refuge ont connu à travers l’émigration et l’exil, puis le séjour dans un pays « étranger », l’expérience du franchissement interminable des frontières. Qu’il s’agisse des brimades administratives, des répressions policières, de la difficulté d’accéder à un statut juridique (...) Lire 

Vacarme 25

Vacarme 25 / automne 2003

Rédaction en chef Philippe Mangeot

Parution le 13 octobre 2003 Édition Vacarme

Pages 124 ISBN 9782915547962

Diffusion en librairies Difpop

Diffusion numérique Cairn

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