Vacarme 02

printemps 1997

Vacarme 02

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éditoriaux

28 mars 1997

par

Nous avons perdu une bataille. Le Front national a réussi à investir l’espace déserté de la politique française.
Certains disent qu’il pose de bonnes questions, ou qu’il capitalise sur les peurs des Français. C’est d’autre chose qu’il s’agit, et de plus grave : le Front national fait de la politique. Et s’il peut ainsi parader, c’est parce que nous le laissons tournoyer seul entre quatre points cardinaux qui devraient être les nôtres - si toutefois nous nous entêtons à nous dire « la gauche ».
1. La (...) Lire 

la cause nationale, le joker

par

Monsieur Juppé vient de sortir son dernier joker en décrétant l’enfance maltraitée grande cause nationale. Ne soyons pas dupe.
Il joue la carte de la « grande » morale pour tenter, une fois de plus, de désamorcer le climat de crise tant sociale que morale dans lequel la France et l’Europe s’agitent. Ce type de joker - le « grand événement fédérateur » - est une stratégie vieille comme le pouvoir politique. Mais qu’un gouvernement utilise les malheurs d’enfants comme faire-valoir pour sortir du bourbier (...) Lire 

Chantier

la télévision

télévision, mode d’emploi

par

Chantiers de VACARME est la rubrique des usages et des pratiques. Elle teste l’hypothèse que politique et culture ne sont pas d’abord questions d’idéologie et de grandes idées, mais en premier lieu questions d’usages et de conversions du privé au public, toujours précaires, toujours à reconduire. Dans le numéro précédent, nous avions traversé certains problèmes de santé publique : nous réjouissant des grèves de l’automne 1995 pour la manière dont elles avaient débordé l’ordre des organisations politiques et (...) Lire 

l’image et la voix

par

La fascination pour les images pourrait faire croire que la télé donne directement à voir et à comprendre le fait brut. Pourtant, seuls sont susceptibles de nous informer les faits qui sont organisés en une narration, par une voix.
Le soir de l’attentat du 3 décembre 1996 sur la ligne B du RER, j’étais chez le coiffeur. Abandonnant ma tête à la shampouineuse, j’entendais ronronner les nouvelles sur LCI, bruit de fond qui, en alternance avec Eurosport, est désormais le signe extérieur de richesse du (...) Lire 

La télévision : drogue dure ? drogue douce ?

par

Au début de l’année le petit livre rouge de Pierre Bourdieu Sur la télévision a fait un peu de bruit et puis le bruit est retombé. On s’y attendait : que peut un petit livre contre les milliards de la télévision et sa puissance formidable de récupérer tout ce qui se donne à elle ? Et si le débat sur l’information à la télé était à côté de la plaque ?
Pierre Bourdieu a à peu près raison sur tout, c’est déjà pas mal. Oui, la télévision peut constituer un danger pour la démocratie (et pour beaucoup d’autres (...) Lire 

sujets de l’histoire

les négociateurs

introduction

Ce sont trois événements que peu de choses rassemblent. L’irruption soudaine de sans-papiers dans une église. Une noria de camions qui s’arrêtent brusquement en travers des routes. Une pluie de pierres lancées par des enfants sur d’autres, pas beaucoup plus vieux, mais armés et casqués.
Ce sont trois personnes que tout sépare, hormis peut-être une insistance de la mémoire. « Un vieil ambassadeur de France » comme il le dit lui-même avec douceur et ironie. Un représentant syndical, rompu depuis trente ans (...) Lire 

les morts virtuelles d’Oslo

par

Cosignés à Washington par Yasser Arafat et Yitzhak Rabin le 1er septembre 1993, les accords d’Oslo définissent « une période intérimaire » de 5 ans, durant laquelle les forces militaires et l’administration civile israéliennes devront se retirer de la bande de Gaza et de la région de Jéricho en transférant le pouvoir à un « conseil » palestinien issu des élections. Ils stipulent également qu’« au plus tard au début de la troisième année de la période intérimaire », de nouvelles négociations devront s’engager (...) Lire 

épilogue

Nous devons l’histoire qui suit à elias Sanbar.
Fayçal Husseini, palestinien de l’intérieur, a trouvé une fable pour décrire les étranges contorsions imposées à sa délégation lors des pourparlers de paix : celle du « costume Baker ». Un brave homme de condition modeste reçoit un jour d’un ami généreux un coupon de tissu pour se faire tailler un costume. Ne pouvant payer les services d’un tailleur, il accepte la propositition de quelqu’un qui se dit tailleur et qui lui offre de lui confectionner le vêtement (...) Lire 

la ville est à nous

avant-propos

Face à la faiblesse de la participation politique, à un désenchantement et une « dépolitisation » dont le constat est devenu consensuel, la démocratie locale est apparue dans les années 1990 comme une tentative de réponse. Entendue comme la participation des citoyens aux décisions prises au niveau local, cette démocratie-là est avant tout une pratique. Une pratique non sans ambiguïté. Au nom d’une plus grande accessibilité des questions qu’elle engage, elle tend souvent à rabattre la participation (...) Lire 

Zacage dans le XXème

par

La rénovation de pans entiers du 20e arrondissement de Paris est censé participer à l’éternel embellissement de la capitale idéale des touristes. La mairie de Paris dispose de nombreux instruments pour mener à bien cette tâche. Les habitants s’en créent d’autres pour y faire face.
« Aujourd’hui, je demeure persuadé que la démocratie, pour s’entretenir, doit régulièrement susciter le « contrôle populaire », et pas seulement sur l’usage des sols, comme on peut le réclamer dans de nombreuses villes du tiers (...) Lire 

petit lexique à l’usage des Zakeurs

par

« ZAC ! POS ! PAZ ! OPAH ! ». Non, ce ne sont pas des onomatopées tirées d’une BD de Gaston Lagaffe, ni une imitation de Michel Rocard par les Guignols, mais les procédures d’urbanisme les plus utilisées pour modeler et remodeler les villes où nous vivons.
Le POS (Plan d’occupation des sols) est le principal instrument de planification : les communes fixent grâce à lui l’affectation du sol et la densité des constructions. Par exemple, c’est le POS qui définit les zones où toute construction est (...) Lire 

Qu’est-ce qu’une enquête publique ?

L’enquête publique est le point de passage obligé de tout projet d’aménagement. C’est la phase durant laquelle il est soumis aux observations du public dans le but d’assurer l’information, de garantir les droits des propriétaires et de « favoriser la concertation ». La population est invitée à prendre connaissance du projet à l’occasion de réunions ou à travers une exposition (généralement présentée à la mairie). Elle peut donner son avis dans un registre prévu à cet effet. Sont soumis à enquête publique : (...) Lire 

OPAH : et si je rénovais mon logement ?

par

Selon la circulaire du 1er juin 1977, une opération programmée d’amélioration de l’habitat (OPAH) a pour vocation de « préserver et améliorer le patrimoine immobilier en assurant le maintien sur place dans de meilleures conditions de confort, des populations modestes qui l’occupent ». Dans la pratique, cette préoccupation sociale s’avère difficile à respecter. La réhabilitation d’un logement entraîne sa revalorisation et l’augmentation du loyer.
Les OPAH fonctionnent par convention entre l’État, l’Agence (...) Lire 

travailler moins : un débat politique ou économique ?

par

La réduction du temps de travail est devenue la question incontournable du débat politique et social actuel, même si, et chacun en convient, elle ne saurait être la solution unique et idéale pour lutter contre le chômage. La façon dont cette question s’est imposée mérite attention parce qu’elle en dit long sur les rapports entre politique et économie. J’ai même envie de dire : en dit long sur ce que l’on prend pour un débat économique, et qui n’est, sommes toutes, rien d’autre qu’une stratégie politique - (...) Lire 

un petit jardin au bord du carrefour

par

Il y a des moments où l’on se laisse encore surprendre, honteux d’avoir oublié ou plus souvent de ne pas avoir chercher à trop savoir. Le Vélodrome d’Hiver à Paris en est un exemple. La rafle du Vél’ d’Hiv, tout le monde connaît. Elle est le symbole de la participation active et zélée du gouvernement français à la politique d’extermination nazie. Mais, au fait, où se trouve le Vélodrome d’Hiver ? Du moins, où était-il, si l’on a dans l’idée qu’il a sans doute été détruit depuis ? Quand j’ai posé la question (...) Lire 

vive la Légion

par

Depuis « Attentifs, ensemble » nous nous sommes gentiment et insidieusement habitués à la plus que traumatisante vision, quasi quotidienne, de costauds en vert, mitraillettes en bandoulière, démarche mal assurée du légionnaire sorti de sa brousse, dans les couloirs du métro. Sillonnant l’air de rien ce qui reste d’espace public dans nos grandes villes, ils distillent un parfum de déjà-vu-dans-les-films, qui lorgnerait du côté de Santiago du Chili. Ce n’est pas la guerre civile, mais presque. Justifiée (...) Lire 

dangers pour la démocratie : Algérie an V

une nouvelle « guerre sans nom » ?

par

L’Algérie vue d’ici n’est pas ignorée, les attentats en France l’ont déjà par deux fois violemment rappelée à notre souvenir. Simplement on la regarde d’un air étonné, et cet étonnement est effrayant.
Faut-il que la situation soit plus « complexe » que toutes les guerres civiles qui ont vu le jour durant cette même période, de la Bosnie au Rwanda, qui ont mobilisé intellectuels ou moyens d’intervention internationaux pour que cela cesse ? Le paradoxe, c’est que l’Algérie est infiniment plus proche que les (...) Lire 

un film entre deux rives

par

Peu de témoignages, et moins encore d’œuvres produites par des Algériens racontent l’exil vécu par les centaines d’artistes, de journalistes, de médecins, d’enseignants et bien d’autres vivant en France, depuis 1993 et les premiers assassinats d’intellectuels en Algérie. En montrant cet exil, L’Oasis de la belle de Mai, film de J.P. Lledo toujours en attente d’une diffusion télévisée, raconte aussi à sa manière trente années passées à remodeler l’identité algérienne.
Marseille, printemps 1995. Des peintres (...) Lire 

Minorités

des sourds et des mal entendus

Avant-propos

le dossier qui suit contrariera sans doute tous ceux qui pensent que le langage naît dans les oreilles et qui le confondent avec la phonétique. il heurtera peut-être ceux qui entendent « muets » quand on parle de « sourds ».
Lire sur les lèvres, comprendre à moitié, parler à demi, d’une voix qu’on n’entend et qu’on ne contrôle pas — d’une voix presque toujours mal placée —, c’est ce qu’on a longtemps demandé aux sourds, c’est ce qu’on demande encore à beaucoup d’entre eux. Cela sollicite des efforts incessants (...) Lire 

prologue

par

« Les Sourds en Colère, c’est du 100% sourd. »
C’est l’un des points qui les distingue dans le paysage associatif : toutes les associations nées dans les années 1970 et 1980 croient au contraire dans les vertus de la « mixité » et de l’échange, et rassemblent des sourds et des entendants, des professionnels et des parents. Cette homogénéité revendiquée ne prétend pas dissimuler des expériences singulières. Sophie n’est pas née sourde ; Bachir est fils d’entendants ; chez Delphine, on est sourd depuis (...) Lire 

traduction trahison

par

C‘est d’abord une histoire d’interprète. Quand nous avons contacté les Sourds en Colère, nous avons proposé que notre entretien soit traduit par une amie commune, Sophie Russel, qui a accompagné l’association depuis sa création. Nous ne savions pas encore si elle serait disponible._Nous avons donc demandé s’ils avaient d’autres idées. Nous n’avons pas obtenu de réponse. Bachir s’en est expliqué au début de notre rencontre : « L’interprète, c’est votre problème, pas le nôtre. C’est dans cet esprit que nous (...) Lire 

les professeurs et les navires à voile

par

L’intégration des sourds dans l’enseignement est une idée plus ancienne qu’il n’y paraît. Leur exclusion, une affaire plus récente.
« Les sourds-muets [sont] doués de toutes les facultés morales et intellectuelles dont sont pourvus les autres hommes, et quelque défectueuse que [soit] leur organisation physique, il [est] possible de les instruire, à l’aide d’un moyen de communication destiné par la nature à remplacer la parole, nécessairement perdue par suite de la perte de l’ouïe. Ainsi défini, le (...) Lire 

l’oralisme, une demande des parents ?

par

L’histoire de l’éducation des sourds est ponctuée de mouvements polémiques entre partisans de la langue orale et tenants de la langue des signes. Les arguments pour défendre l’option oraliste n’ayant cessé de se répéter, on veut s’intéresser ici à ce qui les sous-tend.
Une grande part des résistances à l’égard de l’éducation par les signes a pu être attribuée à la supériorité des langues orales, vécues comme facteur d’intégration, mais aussi à une quasi répulsion du geste, situé alors du côté de l’animal et du (...) Lire 

la croisade de l’enseignement

par ,

L’histoire de l’éducation des sourds de naissance laisse un sentiment mêlé de tristesse et de rage. Elle raconte d’abord le temps perdu, entre 1880, où s’impose le principe d’une éducation exclusivement oraliste, et la fin des années 1970, où le dogme oraliste commence à être battu en brèche. Elle montre comment on a privé les sourds d’une langue qui s’était pourtant largement développée entre le XVIIIe et le XIXe siècle, c’est-à-dire aussi de leur culture et de leur histoire. Elle rappelle encore que les (...) Lire 

la scène des sourds

par

Créé il y a vingt ans par un groupe de jeunes adultes sourds, l’International Visual Theatre n’est pas une scène de plus. C’est à la fois un acte politique fondateur pour la culture sourde et un laboratoire où se dessinent des dictionnaires, où se crée une pédagogie, où s’invente une écriture.
Ils sont quatre sur scène, en collants et tee-shirts. Des danseurs. Plantés debout, ils se mettent à crier, à crier à pleins poumons. Pas de mots, des sons, des beuglements, des vociférations. À pleine gorge, droit (...) Lire 

juste un peu dur d’oreille

par

« – Homme petit, barbiche, chapeau, petites lunettes. Vous pas vu lui ? – No Se. – No Se, no Se ! Ils n’ont que ce mot à la bouche, ces bougres de crème d’emplâtre à la graisse de hérisson. »
Sourd ? Mais bien sûr ! Il n’y a qu’un sourd pour supporter le perroquet de Bianca Castafiore, la voix de Bianca Castafiore. Seul un sourd peut faire fleurir des roses blanches pour Bianca Castafiore.
Sourd ? Vous plaisantez ? L’inventeur du Super Trifonar, précurseur de la télé « écran plat, coins carrés », dont (...) Lire 

Un démon dans les oreilles

par

Beethoven était sourd. C’est pourtant encore lui qui nous apprend à entendre, si nous voulons bien lui prêter l’oreille.
Que peut-il arriver de pire à un musicien, à un pianiste, à un compositeur, que de devenir sourd ? Cette image pesante et un peu ridicule du « musicien sourd », c’est celle que Beethoven eut un temps de lui-même : « Je ne peux pas dire aux gens « je suis sourd » ! » (1801, il a trente ans). La surdité de l’homme des sons est un extrême, un comble : le pathétique en est ambigu, il (...) Lire 

être sourd en philosophie

par

Hantée par le dialogue et le discours, la philosophie ne sait trop que faire de ceux qui n’entendent pas. Imaginons ce qu’ils pourraient lui apprendre.
C’est seulement avec le début de l’empirisme moderne et de la science expérimentale, notamment dans la France et l’Angleterre des XVIIe et XVIIIe siècles, que la philosophie commence à s’intéresser aux déficiences sensitives, notamment à la cécité et à la surdité de naissance. Quand commence à se dissiper l’anathème évangélique, « avoir des yeux pour ne pas (...) Lire 

Minorités

feuilleton du minoritaire

résister, inventer, produire

philosophie : fermée pour cause d’inventaire

par

Comme les lois Pasqua, les programmes de philosophie en terminale font actuellement l’objet d’un toilettage. Coup d’œil sur l’état de la pensée — ou la pensée d’État ?
Initiée par l’incontournable et dispensable Luc Ferry, aujourd’hui président de la commission des programmes, la réforme visait au départ à remplacer la traditionnelle liste de notions par un cadre beaucoup plus strict, et par une approche essentiellement historique. La philosophie, enfin rendue à ses ors et à ses grandes scansions : tel (...) Lire 

devenirs massacrés II

par

Des hommes, des femmes, plus ou moins jeunes, des enfants aussi. Des gens. Que le destin, ou plus humblement le hasard, fit sortir du chemin dont ils avaient peut-être rêvé, auquel peut-être aussi ils n’avaient pas même songé. Chaque fois pourtant le cri silencieux d’un arrachement. Pour que ce cri ne s’abîme complètement dans l’oubli, nous nous proposons ici d’honorer leur mémoire. Avec la retenue de celui qui ne sait qu’en dire. Avec la conviction cependant de celui qui demeure stupéfait. À tous (...) Lire 

le Che au Stade de France

par

On ne vous l’a sûrement pas dit à la télé. Mais si vous êtes un habitué des rayons de musique de « l’agitateur depuis 1954 » vous avez dû apercevoir un disque à la pochette rouge ornée de la figure de Che Guevarra. D’ailleurs le disque s’appelle El Che vive... Le capitalisme affairiste, vampiriste reprend l’image révolutionnaire (ça se vend si bien). Il l’a ingérée, digérée et la vomit à nos pieds.
Dans Le Monde du 18 février 1996, on peut apprendre que le type qui a eu la responsabilité de produire ce CD est un (...) Lire 

chronique des arrangements peu glorieux

par

Mode d’emploi
Un arrangement peu glorieux (APG) est un ensemble stable de dispositions destinées à rendre une faiblesse (durable ou passagère) vivable et, autant que possible, pas trop humiliante pour un moi qui ne s’est pas encore résigné à s’avouer effondré. Des formules de la vie courante telles que « j’arrive », « je sais bien » ou « on fait aller » en constituent d’assez bonnes approximations.
Noter que la description d’un APG est elle-même un APG. Comme telle, elle n’exclut donc ni la facilité, ni (...) Lire 

la représentation des bourreaux

par

« Écoute, ma petite enfant, s’il te plaît, calme-toi, je t’en supplie. Il faut que tu me croies. Je n’ai rien à faire dans tout cela. » « Mon travail est purement administratif et je suis là pour construire, pour superviser les constructions, c’est tout... » « Je suis présent, mais je ne fais rien à personne. »
C’est dans ces termes que madame Stangl évoque à Gitta Sereny, journaliste et écrivain, les premières explications que lui a données son mari sur son métier. Les constructions étaient des chambres à (...) Lire 

la cage de verre

par

Le 11 mai 1960, les services secrets israéliens kidnappent Otto Adolf Eichmann en Argentine, où il coule des jours paisibles. Le 11 avril 1961, il comparaît devant le tribunal de Jérusalem. Ce procès est organisé comme un véritable spectacle. C’est une des dimensions qui a retenu l’attention d’Eyal Sivan et de Roni Braumann.
Crimes contre le peuple juif, crimes contre l’humanité et crimes de guerre pendant toute la durée du régime nazi sont les plus graves des quinze chefs d’accusation qui pèsent sur (...) Lire 

le bourreau des bourreaux

par

Mutatis mutandis, la question des bourreaux reste à l’ordre du jour. Les Bourreaux volontaires de Hitler, de Daniel Jonah Goldhagen, le montre parfaitement.
Dès sa sortie il y a un an aux États-Unis, il commence à défrayer la chronique. Sans l’ombre d’une hésitation quant à la thèse qu’avance l’auteur, lui autant que son livre sont portés par une campagne publicitaire qui déborde le lit universitaire dans lequel, habituellement, ce genre d’ouvrage s’écoule. Le chiffre des ventes est celui d’un (...) Lire 

par delà les « bourreaux »

par

Il y a trois ans, début avril, le génocide des Tutsis au Rwanda débutait. En quatre mois, environ 750 000 hommes, femmes, enfants, ont été assassinés. Dans cette histoire qui continue, l’Occident n’a pas un rôle aussi beau qu’il voudrait le faire croire, avec ses appels à la justice et à l’humanité.
Les Tutsis rwandais ne sont plus massacrés. Entre temps, la terreur s’est installée au Burundi. Si les tueries d’aujourd’hui n’ont plus la systématicité du génocide. La région des Grands Lacs semble néanmoins (...) Lire 

désirs de l’ami, désirs pour l’ami

par

Pour briser les désirs, au moins les circonscrire, les limiter, les rendre inoffensifs, il y a toujours un même moyen très simple : séparer les plans, les classes, les genres, les expériences, et les cloisonner chacun dans son ordre. Par exemple, séparer résolument sexe, amour et amitié. Et surtout pas de mélanges. Ce serait « sale », « malsain », ou « faux », jusqu’à ce que chaque sexe finisse par mourir de son côté...
Le propre d’un désir est de circuler partout, de ne jamais se satisfaire de son objet (...) Lire 

un coup de fouet

par

Cette invitation m’a surpris. Quelle audace ! Me contacter en plein jour, au milieu des autres, pour me demander de rejoindre son équipe ! Aucun de mes collègues ne comprit l’importance de ce coup de téléphone alors que je rougissais, que mon élocution devenait plus hachée de phrase en phrase. L’engourdissement qui me gagnait depuis tant d’années avait disparu d’un coup. Je me rendis à cet entretien, j’effectuai ce long voyage en chemin de fer. Ma tête n’était plus à ses pensées coutumières, et le cœur (...) Lire 

un menu pour rester fidèle

par

En bonne fille qui a enterré sa vie de garçon depuis deux mois, vous optez pour un apaisement culinaire préventif des débordements adultères auxquels la présence de cet hôte tentateur pourrait vous conduire pendant la nuit qu’il va passer chez vous. Le menu que je vous propose émousse efficacement les élans les plus fougueux.
Au cours de vos nombreux voyages, vous avez connu un nombre encore plus grand d’amants. Avec certains qui ont particulièrement ravi votre coeur et votre corps, vous êtes resté (...) Lire 

temps suspendu

par

Ça commencerait par un lieu commun. La première fois ne s’oublie jamais. Ça continuerait avec une banalité. Les retrouvailles sont toujours enthousiasmantes. Et pour finir on aurait droit à une vieille rengaine. Loin des yeux, loin du cœur.
Pourtant ma ville ne me manque pas. Et la première fois que je l’ai aimée, vraiment aimée, c’est quand j’y suis revenu. Et chaque retour me remplit d’une sourde joie. Nuancée selon la durée du trajet.
L’avion me ramène à Toulouse en une heure. L’excitation n’a pas le (...) Lire 

Vacarme 02

Vacarme 02 / printemps 1997

Rédaction en chef Philippe Mesnard & Mathieu Potte-Bonneville

Parution le 1er avril 1997 Édition Vacarme

Pages 80 ISBN 9782915547757

Diffusion en librairies Difpop

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