Vacarme 20

été 2002

Vacarme 20

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Éditorial

lost highway

par

The times they are changing. – Bob Dylan
Lisons.
La violence est en l’homme. Sauf à se complaire dans l’utopie ou à verser dans le totalitarisme, on ne peut former l’espoir de sa suppression. Un monde sans conflits, sans contestations, sans “marginaux” n’est que chimère. Croire étouffer la violence sous la force n’est que changer le sens des mots.
Mais la violence menace notre société. Tantôt sournoise, tantôt brutale, elle risque d’en être le ferment de désagrégation. Et notre société, inquiète, de (...) Lire 

Entretien

Anne Tristan

Du Front National marseillais à la zone d’attente de Roissy, de Saint-Domingue à Kanaky, du « Silence du fleuve » à Ras l’front : passage d’un témoin.

Chantier

élections : détours de scrutin

21 avril - 16 juin. Jusqu’au bout, la période électorale aura hésité entre la platitude des campagnes et l’inventivité des mobilisations, entre le « sursaut civique » et l’abstention de masse. Et maintenant ?

un moment constituant

par

Paris, 1er mai 2002. La foule s’écoule comme un trop-plein dans les rues qui rayonnent depuis la place de la République. Irréductible à l’itinéraire prévu, la manifestation s’en taille trois, à mesure qu’elle avance, pour pouvoir avancer. Les organisations peinent à maintenir leur cortège. Lorsque les premiers manifestants s’arrêtent, d’autres commencent à marcher. Image parfaite du mouvement : nombreux, autonome, durable, finalement victorieux.
À moins que ça ne soit l’inverse. C’est le même « peuple de (...) Lire 

classes populaires, parti populiste ?

Il y a deux manières de compliquer l’équation « vote FN = vote populaire », reprise un peu partout comme une évidence indiscutable depuis le 21 avril. On peut décrire la façon dont cette superposition, prélevée sur un corps électoral soumis au conflit des interprétations, est construite du dehors (c’est la thèse d’Annie Collovald). Reste que la critique d’un discours ne vaut pas, d’elle-même, démonstration de l’irréalité de son objet. On peut alors examiner, du dedans et sans nier un instant le fait que (...) Lire 

gauche : combien de divisions ?

En matière d’auto-critique, contrairement à ce que leur tradition aurait pu laisser croire, les appareils de gauche sont visiblement moins doués que leurs électeurs. Le contraste est en effet saisissant entre un peuple de gauche manifestement troublé, jusqu’à exprimer une honte, ou avouer un remord, et l’aplomb extraordinaire avec lequel les partis, après le 5 mai, ont reconduit à l’identique leur distribution antérieure, avec, d’un côté, une « gauche unie » en droite ligne de la « gauche plurielle », (...) Lire 

la vie à tous les étages - à propos du peuple et des minorités

par

Consommant la rupture entre peuple et minorités, le scrutin du 21 avril porte une bien étrange leçon. si la pensée minoritaire, notre pli politique, est celle des devenirs, elle ne peut faire l’économie du sien propre. Qu’en fait-on ?
Le fondement des politiques minoritaires repose sans doute sur un jeu subtil entre le sens numérique de minorité (les moins nombreux, tous ceux confrontés au risque de l’oppression majoritaire : minorités ethniques, religieuses, sexuelles, etc.) et son sens politique (...) Lire 

les divisions de la gauche mouvementée

par

Depuis le 21 avril s’expriment les tensions qui animent la gauche dite mouvementiste. le contexte politique les atténue et les exacerbe simultanément. les lignes de fracture qui se donnent alors à voir ont traversé l’histoire de Vacarme, elles étaient perceptibles dans la réunion rassemblant tous les collaborateurs de la revue le 29 avril.
Michel Feher rend compte de ces mouvements divergents dans une cartographie programmatique qui dessine trois pistes à explorer dans de prochains numéros. (...) Lire 

à l’italienne

par

Au creux de l’abattement, la gauche française s’est tournée vers l’Italie. Vieux réflexe : « l’anomalie italienne » a toujours servi, en France, de modèle de crise, et notre situation électorale n’a pas fait exception. Vue de l’extrême-gauche, l’Italie comme désir : entre les deux scrutins, Olivier Besancenot assumait explicitement l’espoir d’un troisième tour social « à l’italienne », inspiré de la manifestation (monstre) du 23 mars et de la grève générale (réussie) du 16 avril contre les menaces d’abolition (...) Lire 

une histoire italienne

par

Francesco Giorgini est le correspondant français de Radio Populare. Nous lui avons demandé une description raisonnée de la situation italienne : de quoi résister, lorsqu’on n’y connaît rien, à l’utilisation sauvage du modèle italien dans le débat français. Question à l’extrême-gauche : est-ce vraiment le modèle qu’elle désire ? Et à la gauche parlementaire : sera-t-elle aussi lâche dans l’opposition que son homologue italienne ?
Le 27 mai 2002, Silvio Berlusconi, l’homme le plus riche et le plus souriant (...) Lire 

bras de fer

par

Le 23 mars, deux millions de personnes manifestent à Rome pour défendre l’article 18, symbole du statut des travailleurs. Le 16 avril, une grève générale paralyse le pays. Le 1er juin, le gouvernement parvient à diviser les syndicats à la table des négociations. Paolo Testa, syndicaliste à la FIOM, « l’aile gauche » métallurgique de la CGIL, donne sa lecture d’une bataille à l’issue incertaine.
Recueilli le 6 juin 2002 et traduit par Salvatore Puglia
Article 18 du Statut des travailleurs (aux termes de la (...) Lire 

Chantier

fantômes : une hantologie

Il y a les spectres, les esprits, les broucolaques, les goules. D’où, comment, de quelles manières, pourquoi reviennent-ils ? Discours et techniques, terreurs et raisons, une enquête dans ce monde et dans l’autre.

carrefour non-lieu

par ,

Il fut un temps où les joueurs de blues du Mississipi trouvaient leur génie aux carrefours. Il fallait prendre sa guitare et aller jouer à la croisée des routes, un peu avant minuit ; bientôt un grand homme noir vous empruntait l’instrument, l’accordait et vous jouait des airs. « C’est comme ça que j’ai appris toute ma musique », avoue Tommy Johnson, de Crystal Spring. Pour le grand Robert Johnson, assassiné à vingt-six ans une nuit d’août 1938, la rencontre du carrefour prit des allures de pacte (...) Lire 

le relèvement des morts

par

Les premiers chrétiens ne croyaient pas aux fantômes. Endormis dans l’espérance de la résurrection et de la vie éternelle, leurs morts ne se mêlaient pas à la cohorte des puissances invisibles, démons et demi-dieux, idoles des païens. Mais en élaborant le paysage complexe de l’au-delà, ciel, enfer, purgatoire, les théologiens furent impuissants à garder longtemps à distance le monde remuant des morts.
dieux, démons, morts
« Mortui et dii unum sunt : dieux et morts ne font qu’un. » En affirmant cela, (...) Lire 

le testament de M. Nuit

par

Des fantômes plein l’écran ? Evidemment, dès le début, et sans cesse depuis. En 2000 comme au soir de la première séance ? Heureusement non : Un accès direct à l’au-delà et l’hypothèse d’une (non-)mort du cinéma en renouvellent aujourd’hui la procession, les puissances et l’héritage, du rusé Shyamalan à la télé et au dernier Almodovar.
Six minutes avant la fin, le bon docteur Malcolm Crowe, psychologue pour enfants, découvrant à son majeur nulle alliance, revoit en flashes accélérés les événements des derniers (...) Lire 

écologie des fantômes

par

Il y a des époques à fantômes, des moments de l’histoire propices à la hantise. Les revenants s’accommodent très bien des sentiments de ratage historique et politique. Dans la foulée de l’échec de la deuxième république, des socialistes nouèrent avec les morts une alliance singulière. Folie du XIXeme siècle ? On n’en est peut-être pas sorti.
Tristesse du fantôme. S’il reste pris dans la glu du temps, s’il persiste au-delà de son existence, c’est parce que la mort fut un scandale, qu’elle a interrompu un (...) Lire 

Arsenal

Processus

excédés

par

à propos d’Intervention Divine, d’Elia Suleiman Lire 

chroniques

pouquoi charlie parker est-il mort ?

par

Jeff Goldberg : Pourquoi tant de musiciens de jazz comme Charlie Parker sont-ils morts jeunes ?
Count Basie : Quoi ?!
J. G. Pourquoi tant de musiciens de jazz sont...
C. B. Pourquoi sont-ils ? ! !
J. G. Morts jeunes, ouais.
C. B. Je ne suis pas Dieu !
J. G. Y a-t-il...
C. B. Pourquoi me poses-tu cette question ? !
J. G. Eh bien, parce que je...
C. B. Comment peux-tu poser une question pareille à un homme ? ! !
J. G. Je ne sais pas. Il n’y a personne d’autre à qui le demander.
C. B. (...) Lire 

obituary

par

Après sa mort, Guzman vécut une vie plus que réelle, prodigieuse en étendue ; elle se déroula en Europe, sans considération de frontière. Il ne se vit opposer aucun dogme, aucune entrave administrative. Tout naturellement, les cercles les plus fermés l’accueillirent. Il résida à flanc de montagne ainsi que dans ces palais qui mouillent au pied des canaux. Il respira des brumes autant qu’il arpenta, sous la lumière artificielle, les immenses travées que l’on bâtit en marbre sous la terre. Ses (...) Lire 

les âmes

par

D’abord, on passe le tunnel de bambou. Ensuite, il suffit par exemple de regarder la mer pour pouvoir y entrer. Les épisodes succèdent aux rêves et aux offrandes. — Il faut que je tourne Il faut que je finisse de tourner pour me retrouver stable Je suis en train de tourner Le nombre des astres est fixe, il y a donc un roulement des âmes. Lire 

tout le monde n’a pas eu la chance etc. etc.

par

Certains événements, certaines personnes, sont des ensemencements qui font pousser dans notre vie d’interminables branches hybrides. Comment tel adorable étranger rencontré dans notre enfance nous fera aimer son pays inconnu pour toujours. Tel oncle qui nous aura offert notre première guitare sera l’inséminateur d’une vocation. Comment le goût immodéré de nos parents pour telle ou telle activité sera la condition d’une indéfectible aversion. Ce qui fait d’un repas dominical chez mes grands-parents un (...) Lire 

ora

par

Jusqu’en mille quatre-vingt huit et depuis mille sept-cent quatre-vingt dix-huit, le bras nord du grand transept n’est pas. Le bras sud ? il reconnut immédiatement la flèche la plus haute sursitaire oui sursitaire. mori, memoria Ora marchait devant, marchait et parlait en même temps, comment vois-tu ceci, comment vois-tu cela, il voudrait dire-encore, il se souvient, son ombre sur les murs, errante, ombre, errant sur les murs.
Il pénètre dans l’avant-nef par le parvis par ce qui devait être (...) Lire 

dans le monde éternel

par

Ceux qui passent avec moi dans l’étendue libre des allées sentent-ils que la beauté haute et immobile comme les arbres ne nous retient pas plus qu’elle ne nous chasse ?
Aux présences mobiles et un peu raides devant l’immobilité du monde, aux présences vêtues comme elles peuvent pour l’inspection cérémonielle et bâclée de notre passage dans le monde, au rite abhorré du dimanche qui hésite sur le lieu où nous sommes, je ne peux pourtant pas douter d’avoir trouvé — trouvé dans un regret — le monde dans un (...) Lire 

les éphémères / à la rencontre de qui

par

En 1830, Andersen a découvert à Rome, dans un ancien cimetière, une double tombe où étaient inscrits « Rien » et « Ombre » au pied des monuments de l’homme et de la femme.
De toutes petites plantes grasses poussent leurs visages aux papilles grenat au bord des sentiers, à l’ombre de rien. Ce sont des succulentes, à peine dessablées. Des cactées. Parfois leur cœur est jaune. Le soir, d’un mouvement furtif qui ferme leur corolle, leur visage se rétracte sous le sable. Et c’est un étonnement de ne plus les (...) Lire 

les « ci-gît »

par

murs m’entourant de voisins destin moyen me tirant en arrière et réussir m’eût aveuglément couronné
y mettrais-tu pollux ce bouliste et l’amitié plus arrondie pour regagner la coupe
de nos cœurs il était à tout jamais moderne économique pliable à toutes les jointures
si lent le paysage n’est pas si mal et me convient rien de pesant que l’air de tous les jours et le goût du conservateur
vertes ici les pelouses que l’hiver il oublie et cueille et demain avec son père il dort et qu’il couvre d’un drap
tu (...) Lire 

la concierge revient de suite

par

Je n’avais pas vu l’aveugle depuis un certain temps. Je m’inquiétais. L’aveugle ? Je ne le connais pas mais je le vois tous les jours et, ce jour-là, rien n’était comme tous les jours.
J’étais déjà dehors. Dans la rue, dans Paris, je marche toujours très vite, l’air plutôt dégagé. Préoccupée, je vais d’un pas plus lent, peut-être. Peut-être était-ce le cas, ce matin-là : qu’allais-je faire de cet homme trouvé à huit heures sur le paillasson ? « Monsieur, vous ne pouvez pas rester ici. La gardienne monte dans les (...) Lire 

Vacarme 20

Vacarme 20 / été 2002

Rédaction en chef Philippe Mangeot

Parution le 24 juin 2002 Édition Vacarme

Pages 128 ISBN 9782915547917

Diffusion en librairies Difpop

Diffusion numérique Cairn

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