Vacarme 07

hiver 1999

Vacarme 07

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Éditorial

éditorial

par

«  Bien sûr, ce n’est pas le mur que je trouerai avec mon front, si, réellement, je n’ai pas assez de force pour le trouer, mais le seul fait qu’il soit un mur et que je sois trop faible n’est pas une raison pour que je me soumette.  » – F. Dostoïevski
Ce fut une nuit de trépignements et de sauts sur place. Une nuit à se déchirer les vêtements, le visage, à se percher sur l’appui de sa fenêtre pour hululer à l’aise, pour grincer des dents, des ongles, des vertèbres. Une nuit à décoller la moquette et à (...) Lire 

rire pour ne pas voir

par

Qu’y a-t-il de commun entre le dernier spectacle de Pina Bausch (Le Laveur de vitres), Iets op Bach de Alain Platel, le Glowing Icons de Jan Fabre ou Les Brigands de Schiller montés par Dominique Pitoiset ? Apparemment rien, si ce n’est le lieu de leur représentation (ils ont tous été donnés au Théâtre de la Ville), et la date de programmation (la saison théâtrale 1997-1998). Mais ce serait une fausse hypothèse que de s’en tenir à cette unité de temps et de lieu, qui finirait par incriminer tel public (...) Lire 

Entretien

Jean-Pierre Vernant

Chantier

la sécurité, une valeur de gauche ?

l’alchimie de Villepinte

par

On dira : « Vous êtes naïfs ; la gauche, de Clémenceau à Deferre, n’a pas attendu Chevènement pour manier la matraque ». N’empêche. Si elle l’a toujours fait, maintenant elle en parle, et fièrement. Les grises nécessités du pouvoir ont été converties en discours. Au prix, il est vrai, de quelques manipulations symboliques.
Nous sommes à Villepinte, à la fin du mois d’octobre 1997. Un parterre de préfets, d’élus locaux, de responsables associatifs et de journalistes écoutent attentivement les ministres de la (...) Lire 

autour du pot

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Il est toujours plus facile, évidemment, de démonter des discours plutôt que d’analyser des pratiques. Le discours sécuritaire de gauche, pourtant, suscite un irrésistible désir de citation in extenso et d’analyse rhétorique. On y découvre alors d’étonnantes régularités et d’inquiétants accents.
Dans ce discours sécuritaire qui fut longtemps son monopole, la droite avait mis le meilleur d’elle-même : franc-parler, bon sens, virilité. Malgré beaucoup de bonne volonté, le camp adverse ne peut se permettre, (...) Lire 

big brother is watching himself

par

Un utopiste du siècle passé - Fourier sans doute - proposait ingénument que nous retournions tous nos vestes de devant derrière. Ainsi l’espèce humaine serait-elle acculée à une solidarité minimum : chacun ayant désormais besoin d’autrui pour se reboutonner le dos. Ce bienheureux penseur venait à son insu de réinventer le principe de la camisole de force. Puis vinrent les camicia nere de Mussolini, les chemises brunes, rouges, hawaïennes, les cols dits Mao... : un siècle de basse couture, souvent (...) Lire 

treillis et cravate - sécurité, le point de vue des managers

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Depuis une dizaine d’années, le secteur privé s’est approprié le langage et les pratiques de la sécurité publique. Le monde discret de la sécurité des entreprises, peuplé d’anciens responsables des services de police ou de renseignements, est en plein essor et les multinationales dépensent de plus en plus d’argent pour se protéger. De quoi, et surtout à quel prix ?
Une multitudes d’ouvrages, d’articles et de discours ont été consacrés aux « dangers » qui menacent le secteur privé. Ceux-ci vont des employés (...) Lire 

que sait la police ?

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Depuis le XIXe siècle, la sécurité n’est pas seulement objet de souci, ou affaire de force : elle s’inscrit dans le champ d’un savoir qui prétend à la fois établir ses modalités et justifier son exercice. Mais comment ce savoir est-il produit, et à quoi sert-il ?
Les interventions du secrétaire perpétuel de l’Académie française Maurice Druon ne rencontrent pas l’écho qu’elles méritent. M. Druon avait pourtant, un jour, manifesté au président de l’Assemblée nationale, dans les colonnes du Figaro, un rappel à (...) Lire 

hautes études

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L’exemple français montre quelles difficultés la réflexion sur la sécurité peut rencontrer, lorsqu’elle prétend déborder le seul savoir policier.
Le savoir sécuritaire est principalement et originellement un savoir policier ; il est secondairement et récemment un savoir universitaire. En France, une institution telle que l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI), créée par le ministre Pierre Joxe à la fin des années 1980, est un lieu marginal (en termes de budget, d’importance politique (...) Lire 

un lycée

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En Seine Saint-Denis, tous les établissements scolaires ne sont pas gris, ni pris de la même façon dans la tourmente de l’insécurité. Mais que voit-on, lorsqu’on enseigne justement dans un lycée un peu gris, à l’écart de cette violence extrême dont le foyer semble toujours ailleurs ? Surprise : si la demande sécuritaire y apparaît constante, ses usages multiples en dispersent l’apparente unité, la font éclater en un nuage de soucis, de pratiques et de jeux de pouvoirs. De quoi avons-nous peur ?
Arrivé (...) Lire 

« il est temps que les bons se rassurent, et que les méchants tremblent. »

par

La gauche de gouvernement dit : il est temps de cesser d’opposer la liberté à la sécurité. Il est temps d’exiger, pour le peuple, un peu de sûreté. Tout cela nous pourrions le dire aussi. Il n’est pas sûr, toutefois, que notre ton lui plaise.
Les exigences de sécurité sonnent désagréablement aux oreilles de la gauche d’aujourd’hui. Peut-être depuis Rousseau, c’est-à-dire depuis cette idée que la vraie liberté serait la liberté de décider de tout pour soi, de se prescrire à soi-même ses propres lois, et non (...) Lire 

leur sécurité contre la nôtre

par

« Quand elle s’était retrouvée face à lui, à le regarder droit dans les yeux, elle avait quelque chose qui l’avait arrêté net. L’avait fait reculer d’un pas à chaque tressaut du cœur du bébé, jusqu’à ce qu’enfin il n’y en eut plus. - « Je l’ai arrêté », dit-elle en contemplant l’endroit où se trouvait jadis la palissade. « J’ai pris mes bébés et je les ai mis là où ils seraient en sécurité. » La scène a lieu dans un État américain du Sud, peu avant la guerre de Sécession. Sethe, une esclave en fuite, fait face au (...) Lire 

actualités de Vacarme

notre insertion contre la leur !

par

Le 19 septembre dernier à Perpignan, une manifestation organisée à l’initiative d’AC ! s’est achevée par une tentative d’occupation du Conseil général des Pyrénées-Orientales, peu avant d’être dispersée par la police. Le Président socialiste du Conseil général, Christian Bourquin, avait en effet annoncé vouloir imposer aux allocataires du RMI du département des heures de travail non rémunérées.
C’est donc un gros millier de chômeurs et précaires divers qui se sont mobilisés. Working poors sans-abri refusant le (...) Lire 

« citoyen », disent-ils

par

« Citoyen » est un beau mot : un beau mot de la langue, un beau mot de la politique. En lui résonnent, linguistiquement, la Cité, communauté des hommes et des femmes libres, le droit de se gouverner soi-même‑ ; plus simplement et plus radicalement, le droit d’être entendu et pris en considération, le droit d’être  compté pour quelque chose par ceux qui comptent. En lui résonnent, historiquement, le geste de rupture et d’émancipation du tiers état, la revendication de dignité et d’égalité, le refus du (...) Lire 

où sont les valises ?

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Les informations les plus graves se glissent parmi les autres et s’y diluent dans l’insignifiance. La preuve rapportée récemment par l’Inde et le Pakistan de leur capacité nucléaire ne pouvait passer inaperçue, non plus que le missile balistique nord-coréen traversant le ciel du Japon, mais qu’en est-il de la dispersion de ces armes nucléaires miniaturisées de la taille d’une valise ? Les États-Unis se sont récemment préoccupés de celles que l’URSS aurait du temps de sa puissance disséminées sur leur (...) Lire 

un homme ordinaire

par

Où l’on rencontre Antoine, « congolais-zaïrois ». Où l’on cherche, comme lui à mieux comprendre « le mécanisme du monde ». Où l’on croyait faire connaissance avec un banquier ; où le banquier se moque bien d’avoir son compte garni ; où l’on se sent moins pauvre. Où l’on pense à Ulysse, et au jour où il retrouva Pénélope et Télémaque.
1. Là-bas
« Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis, laissant la fumée aux sots qui s’en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme troupe lourde à un piéton, je (...) Lire 

retour sur la Lettre ouverte à Jospin

par

En juillet 1997, alors que le gouvernement Jospin tout juste installé au commandes venait d’annoncer une vaste refonte de la politique d’immigration, six organisations adressaient au Premier ministre une lettre ouverte sur la politique des flux migratoires. Peu commentée, mais beaucoup critiquée, cette lettre attirait à ses auteurs, dans les mois qui ont suivi, de violentes attaques. Angélisme, utopisme et ultra-libéralisme sont les principales accusations portées de façon souvent caricaturale (...) Lire 

lettre ouverte à propos de la future loi sur l’immigration et de son élaboration

Envoyée à son destinataire le 10 juillet 97, la « Lettre ouverte à Jospin » a été accueillie par un silence assourdissant, dont la presse, à de très rares exceptions près, s’est fait l’écho, sauf à relayer les critiques gouvernementales (irréalisme, angélisme, ultra-libéralisme). Elle a été diffusée par voie de tracts et de collages d’affiches, et son texte intégral a été publié dans Plein Droit (n°35, septembre 1997), Les Inrockuptibles (n°127, novembre 1997) et Futur Antérieur (décembre 1997). En voici les (...) Lire 

Processus

Documenta X

pratiques critiques

par

La Documenta de Cassel est l’une des manifestations publiques les plus considérables du champ des arts plastiques. Créée au sortir de la seconde guerre mondiale, sa périodicité est quinquennale et ses dimensions internationales. En 1997, sa dixième édition a accueilli une affluence « record » de 630.000 personnes. Or la presse française (de Libération à Art Press), pourtant supposée en assurer la réception critique, s’est enlisée dans un discours de ressentiment plus ou moins agressif ou haineux — en tout (...) Lire 

chroniques

descendre est une ascension

par

« [...]
toutes les fois où je me suis rétamé à San Francisco au cours de mes longues aventures nerveuses et dingues et qu’à vrai dire je me suis fait payer à boire avec une régularité si exemplaire... » Jack Kerouac fait dans Big Sur le récit de l’un de ses passages dans cette ville et sur la côte pacifique. Le énième retour là-bas se voulait tout d’abord un séjour au désert : une cabane non loin de l’Océan, contempler la mer et ne pas boire. De fait, le livre expose l’inéluctable montée d’un delirium (...) Lire 

magie napolitaine

par

le monde numéroté
Le lotto, funeste pour le peuple napolitain selon certains, sa drogue, son alcool, ou pour d’autres son baume, est introduit dans la ville en 1682. Aussitôt, l’Église tente de l’interdire. Elle l’accuse d’être une machine de guerre contre le travail, d’entretenir l’oisiveté, la misère, le mensonge, d’encourager les ravages matériels et moraux et surtout de tisser des liens incontrôlés avec le surnaturel. En vain, le lotto est devenu une religion populaire, un drame bihebdomadaire qui se (...) Lire 

les cafés

par

Je reviens sur une vieille histoire, qui remonte au début des années soixante-dix au moins mais qui ne laisse pas de faire encore sentir ses effets dans la vie parisienne. Je veux parler de la destruction systématique des cafés parisiens par leurs propriétaires ou par leur repreneurs. On était prévenu depuis longtemps que la forme d’une ville change plus vite que le cœur d’un mortel mais on ne s’attendait tout de même pas à ce que l’institution parisienne par excellence, le bistrot, décline à une telle (...) Lire 

pour une france qui perd

par

Un certain nombre d’objets ne quitteront plus la mémoire d’une génération.
Quatre incisives dispersées — peut-être fichées par la racine — sur un carré d’herbe sévillan en 1982. Un segment de bois de 7,32 m que les Écossais, par un goût tout insulaire pour l’anachronisme, ont conservé obstinément parallélépipédique jusqu’en 1976. Quelques coupes de champagne sur un plateau à Paris en 1993... On m’accusera d’être aveuglé par le chauvinisme, mais je ne vois pas quelle nation peut nous contester la qualité de « (...) Lire 

souris au lait

par

je suis pointue princesse de très haute farine mon nom simple Nadine a sur la terre un petit frère c’est Bernardin que j’épouserai dans le pré aux poires DANS LE PRÉAU ! POIRE ! DANS LE PRÉAU ! POIRE ! je suis le chevalier de carreau cassé mon épée laser traîne dans la poussière j’ai une armure très dure un heaume en fil de fer c’est la guerre ! c’est l’enfer ! SELLE EN FER ! SELLE EN FER ! je suis duc du clou de girofle mon parc à huître ma tulipe en kit mon pot de café mon tact encyclo pédique me grisent (...) Lire 

feu de camp

par

Il y a des lignes de plongée, dangereuses, même mortelles. Un espace de dominos, de craie écrasée, comme le dessin à la craie qui reproduit le contour du cadavre que l’on a trouvé et qui demeure sur le sol, une fois que la police a emmené le corps et posé les scellés. Il y a des zones, comme cela, dont on délimite le périmètre.
J’ai choisi le camp des bohémiens. Avec ce que cela implique. On croit qu’à un moment le pic à glace vous reviendra dans la tête. C’est un peu excessif.
Des bornes sensibles dans (...) Lire 

le principe de l’axolotl

par

« Je crois avoir un but bien défini. — Si je l’atteignais jamais, il s’expliquerait de lui-même ; si je ne dois pas l’atteindre, à quoi bon te l’exposer ici ? — Admets seulement que j’aime passionnément le bleu, et qu’il y a deux choses que je brûle de revoir : le ciel sans nuages, au dessus du désert sans ombres. » Eugène Fromentin Un été dans le Sahara
On part en voyage. Mais partir n’a jamais permis d’aller nulle part. De sorte que dans l’imaginaire des voyageurs, partir c’est toujours déjà revenir. À (...) Lire 

un menu pour tout recommencer

par

Comme les amants, les années se suivent mais ne se ressemblent fort heureusement pas. Il y a tout juste un an, réveillon rimait avec déréliction. En 1998, les fées qui veillent sur vous ont été bonnes filles et ont décidé de renverser la vapeur, et/ou de remettre du vent dans vos voiles, selon ce à quoi vous marchez. Quelques bons amants, un nouveau mari, les gens que vous aimez qui vont beaucoup mieux, VACARME qui reparaît : autant de raisons objectives de vous sentir à nouveau d’humeur assez (...) Lire 

météo d’hirondelles

par

en hommage à Guy Jarry du Muséum d’Histoire Naturelle
Une hirondelle ne fait pas le printemps, et pourtant lorsqu’en mars le ciel encore tendu retentit brusquement du babil de l’une de ces voyageuses au long cours, le printemps s’engouffre par les fenêtres. Corsetée de noir, ailes finement biseautées, queue échancrée en V, dos lustré comme l’acier, ventre blanc, l’élégante aborde son nid de l’année précédente et, s’il se trouve à l’intérieur d’une étable, elle se lance dans un bavardage étourdissant jusqu’à (...) Lire 

wach-arme

par

L’ANNONCE
Le vacarme est annonciateur, le son nous avertit de loin, hors de la portée de l’œil. Tremblements de terre ou simple orage, il annonce l’événement. Il dit aussi que l’événement a déjà eu lieu, car le son est lent dans son déplacement.
Le vacarme est d’abord signifiant comme somme, ensemble d’éléments chargés, de bruits dans leur expérience inconséquente.
LA MATIÈRE
Il n’est de son que comme produit de frottements ou de chocs, inclus les voix et le vent.
Mis hors de la masse du vacarme, chaque (...) Lire 

la vie rêvée des jambes

par

L’histoire est simple et laisse rêveur. En décembre 1878, le magazine La Nature publie une série de planches du photographe britannique Eadweard Muybridge représentant, entre autres, les différentes étapes de la course d’un cheval au galop.
Nous savons que la rétine humaine est incapable de décomposer ce mouvement trop rapide et, jusqu’alors, le peintre représentait systématiquement l’allure du galop, antérieurs et postérieurs parallèles, comme ici dans ce tableau de George Stubbs, datant de 1793 : « (...) Lire 

le portrait de Jennie

par

« Si pour vous la pensée d’une mort subite se charge d’une terreur toute particulière à l’idée qu’elle puisse se produire dans un théâtre, alors soyez sûr que pour vous le théâtre est nocif, quelque inoffensif qu’il soit pour d’autres ; et que vous courez un risque mortel à vous y rendre. Soyez convaincu que la règle la plus sûre est de ne pas oser vivre en un lieu où l’on n’oserait pas mourir. » – Lewis Carroll, Sylvie et Bruno, Éditions du Seuil, 1972.
C‘’est l’histoire d’un peintre désœuvré qui s’éprend (...) Lire 

intersignes : le dernier jour

par

À la fin du siècle dernier, Anatole Le Braz a recueilli une multitude de témoignages en Armor et en Argoat sur le thème de la mort, des noyés, des revenants, des villes englouties, du peuple des âmes et de la figure de l’Ankou, l’ouvrier de la mort. Ces récits, fidèlement traduits du breton en français par l’auteur, ont donné lieu à un livre intitulé La légende de la mort.
Le premier chapitre de cette œuvre est consacré aux « intersignes » : ces signes, qui s’adressent rarement à ceux que la mort menace, (...) Lire 

attentions

soin... traitement... guérison...

par

« Je le soignai, Dieu le guérit » – Ambroise Paré 1517-1590
Quatre siècles après Ambroise Paré, la question reste entière, qu’est-ce que le soin ?
Trois notions doivent être retenues pour aborder cette définition du soin, ou, plus précisément sur le plan médical, cette distinction entre soigner et traiter, et plus encore entre soin et guérison : notion hiérarchique, notion temporelle, notion sémiologique.
Sur un plan strictement sémiologique, on pourrait dire que le soin s’adresse à la personne — je (...) Lire 

prendre soin - une pratique analytique : le BAPU

par

L‘histoire apparemment est simple, mais de cette simplicité que prend parfois la mécanique sociale dans la froide efficacité de son déroulement programmé, sous les auspices d’un pouvoir politique obsédé de gestion ordonnée et de maîtrise identitaire. Elle. Venue il y a quelques années de son Algérie natale pour conclure des études brillantes et dans le projet d’un retour au pays afin d’y exercer une fonction d’enseignement. Depuis, la situation politique a rendu le retour impossible, beaucoup trop (...) Lire 

« on n’est pas obligé de subir. »

par

Bénédicte Prouvost est sociologue et assistante sociale. Une partie importante de son activité s’exerce actuellement au sein du BAPU (Bureau d’Aide Psychologique Universitaire). Son engagement professionnel est aussi, et de longue date, un engagement militant.
VACARME : Défendre les gens, en prendre soin, comment cela passe-t-il dans votre travail par la prévention ?
Bénédicte Prouvost : La dimension de la prévention dans le travail social m’a toujours intéressée, dans mon travail avec des (...) Lire 

une pratique artistique à l’hôpital

par

L’association Des Lits d’Arts a pour objectif d’organiser des interventions d’artistes professionnels en milieu hospitalier, afin de donner la possibilité aux patients de différents services de faire « œuvre commune » avec eux. Le but est de créer un véritable échange entre des artistes et des patients dans le cadre de projets adaptés aux différentes pathologies rencontrées. L’association n’est pas là pour donner des cours de peinture, d’instruments ou d’écriture, mais pour faire participer les personnes (...) Lire 

Minorités

le yiddish, une langue pour territoire

enquête réalisée par Jean-Philippe Renouard

avant-propos

par

« Mon père m’embêtait pour que je lise Zola, surtout Germinal, en yiddish. Je lui expliquais que je pouvais très bien le lire en français. Mais lui invariablement répondait : « Tu ne peux pas savoir combien c’est mieux en yiddish. » Il en était intimement persuadé. » Jacqueline Gluckstein
« Quand les Juifs partent, ils emportent leur idéologie à la semelle de leurs souliers. Les ouvriers bundistes ont emporté un peu du Bund et du désir de yiddishkeit. Ce sont des ouvriers et des artisans juifs bundistes (...) Lire 

chapitre I : les armoires volantes

Les grandes bibliothèques yiddish d’Europe ont été victimes des autodafés nazis. Tout un pan de la culture yiddish, celui des livres, de la littérature, a failli disparaître à jamais. Voilà pourquoi il convient de commencer cette histoire de résistance par l’histoire d’une bibliothèque, la Bibliothèque Medem.
LE SANCTUAIRE
« On dit que les Juifs sont le peuple du Livre. Nous, nous étions plutôt le peuple des livres. C’était le culte de la culture. » Jacqueline Gluckstein
En 1928, ils sont sept immigrants (...) Lire 

chapitre II : fils et filles de bundistes

LE GAMIN DE LA BUTTE QUI EMBRASSA LA CAUSE DU YIDDISH
Journaliste, historien, ancien président du Centre Medem, diplômé de l’École des Hautes Études en Sciences sociales, Henri Minczeles est spécialiste des communautés juives d’Europe orientale. Il raconte la prise de conscience de son identité juive durant la guerre et comment, plus tard, il a répondu à la question : comment revendiquer une identité juive socialiste, laïque, yiddishiste et diasporique !
PARIS, 1926
« Mon père est arrivé à Paris en (...) Lire 

chapitre III : Yiddish, Yiddishkeit

« Si l’on me demande aujourd’hui : « Faut-il aider les Tziganes (ou les Catalans, les Basques, les Bretons, les Indiens, les Slovènes, les Juifs, les Arméniens...) à survivre en perpétuant et en approfondissant leurs différences ? », je dirai qu’il le faut. Je ne chercherai pas à savoir — car il y a trop de haine et d’arrogance dans une telle curiosité — si ce groupe est un peuple, une nation, une ethnie, une classe, une caste, une secte, un fossile ou un vestige. » Richard Marienstras, Être un peuple en (...) Lire 

chapitre IV : « on ne tire pas sur l’ambulance qui passe. »

Il y a un oncle Moïse qui arrive d’Amérique dans un kibboutz pour rencontrer son petit-fils qu’il n’a jamais vu. Il lui parle dans un hébreu de Pologne et lui demande : explique-moi comment on vit dans un kibboutz. Le petit-fils raconte : on naît, après on va au jardin d’enfants, après à l’école, après à l’armée, après on travaille, après on se marie et on a des enfants, après on devient vieux et on parle yiddish et après on meurt.
RESISTANCES, ENCORE ET TOUJOURS
« ... Je pense qu’il faut pouvoir faire une (...) Lire 

Viva ou le souvenir d’enfance

22 septembre 1998, une terrasse de café place de la Bastille. Viva Apelbaum a vingt ans. À côté de ses études de psychologie, elle apprend, depuis un an, le yiddish au Centre culturel Medem. Cette année, elle approfondit cet enseignement dans un cadre universitaire. Née dans une famille où le yiddish est associé à la Shoah, elle n’a jamais entendu parler la langue dans son enfance.
« C’est drôle, Maman évoquait depuis des années l’envie d’apprendre le yiddish. Mais cela restait de l’ordre du projet. (...) Lire 

transmettre

Le yiddish a-t-il un avenir ? Comme l’explique l’historienne Annette Wieviorka, deux tendances se dessinent parmi les yiddishophones français. D’un côté, ceux qui, à l’instar de Rachel Ertel, estiment qu’après la Shoah, le yiddish est devenu « la langue de l’anéantissement » et qu’il s’agit surtout d’un patrimoine à entretenir. De l’autre, ceux qui, comme Gilles Rozier, Yitzhok Niborski, Jacqueline Gluckstein ou Henri Minczeles, ne croient pas à la fatalité de la fin historique du yiddish comme langue parlée. (...) Lire 

pour une langue bègue

par

I. Le jargon des bonnes femmes
Cela se passe d’abord en Allemagne, puis en Pologne, en Lituanie, en Galicie, en Biélorussie ; on est à la fin du XVIIIe siècle, ou au début du XIXe. Des lettrés ont engagé un combat pour la « régénération » de la société juive. Par là, ils entendent la sortie spirituelle et matérielle du ghetto. Ce sont des rationalistes militants, qui se réclament des Lumières. Le nom qu’on donne à leur mouvement en est la traduction hébraïque littérale : la Haskalah. On les appelle les (...) Lire 

Vacarme 07

Vacarme 07 / hiver 1999

Rédaction en chef Mathieu Potte-Bonneville

Parution le 4 janvier 1999 Édition Vacarme

Pages 132 ISBN 9782915547795

Diffusion en librairies Difpop

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