Vacarme 11

printemps 2000

Vacarme 11

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Éditorial

Victor Hugo ne parle pas français

par

Ce jour-là, un frémissement formidable courut sur tous les bancs de la Chambre.
8 mars 1871. Depuis un mois, jour pour jour, la République s’est dotée d’une Assemblée. Elle siège provisoirement à Bordeaux : Paris est en surchauffe depuis la capitulation — encore dix jours et la ville fera sécession.
Le député Victor Hugo se prépare à défendre Paris contre la droite, qui se cherche une capitale. On parle de Versailles. Mais la séance est interrompue par la lecture d’un rapport sur l’élection d’Alger. (...) Lire 

Entretien

Jean-Luc Nancy

Chantier

animaux

comment l’homme et l’animal...

par

À sa manière, qui n’est pas celle des civilisations amérindiennes, orientales ou africaines, l’Occident entretient d’omniprésentes relations avec l’animal. Qu’elles se teintent d’indifférence, d’antagonisme ou d’exploitation, elles procèdent d’abord d’une grande proximité recherchée ou subie : le territoire, la généalogie, l’imaginaire, la société et la religion en conservent les traces.
On dit que les papillons, vers le milieu de l’été, s’envolent vers la lune pour y mourir.
Le territoire en porte l’empreinte. (...) Lire 

table-ronde au Muséum

par , , ,

Les ours s’accouplent couchés comme les hommes ; les hérissons debout tous deux se tenant embrassés ; les renards, couchés sur le côté et la femelle embrassant le mâle ; les lézards, comme les animaux sans pattes, font l’amour en s’enlaçant. L’homme seul se repent du premier coït ; ainsi le présage de la vie est à l’origine un repentir.
VACARME a rencontré le 24 novembre 1999, autour d’une table rectangulaire, Salle Lamarck, plusieurs membres du Muséum National d’Histoire Naturelle : JEAN-LUC BERTHIER, (...) Lire 

du sérail au parc zoologique

par

Les premiers enclos où des bêtes vivaient en semi-liberté sous surveillance humaine furent construits en Perse antique et s’appelaient des paradeisos. Entre ces lieux édéniques et les zoos d’aujourd’hui, véritables arches de Noé, engagées dans la protection des espèces menacées d’extinction, l’histoire de l’enfermement des bêtes a suivi le cours d’orientations multiples, des ménageries royales aux jardins zoologiques modernes.
En vérité, disent les anciens sages de l’Abyssinie, il faut chaque fois deux (...) Lire 

le zoo, lieu d’élevage d’animaux en voie de disparition

par

Il s’est avéré qu’un éléphant, corrigé plusieurs fois pour sa lenteur d’esprit à retenir ce qu’on lui enseignait, fut trouvé pendant la nuit répétant sa leçon.
Les zoos sont des geôles, les zoos sont tristes, les animaux y traînent une existence nourrie d’ennui, avec les regards d’humains comme seul horizon. Tels sont les propos qu’on entend souvent chez les détenteurs des zoos. En fait, les zoos ont considérablement évolué et aujourd’hui on peut dire qu’il y a zoo et zoo. La réalité est bien plus complexe (...) Lire 

déclaration universelle des droits de l’animal

Préambule
Considérant que la vie est une, tous les êtres vivants ayant une origine commune et s’étant différenciés au cours de l’évolution des espèces,
Considérant que tout être vivant possède des droits naturels et que tout animal doté d’un système nerveux possède des droits particuliers,
Considérant que le mépris, voire la simple méconnaissance de ces droits naturels provoquent de graves atteintes à la Nature et conduisent l’homme à commettre des crimes envers les animaux,
Considérant que la coexistence (...) Lire 

Arsenal

Elle est où, ta place ? Retour sur Ressources humaines, de Laurent Cantet

Le 14 janvier dernier, Arte diffusait Ressources humaines de Laurent Cantet. Le lendemain, le film sortait en salle. C’était il y a longtemps, le film a fait couler beaucoup d’encre, au-delà des colonnes cinéma. Pourquoi y revenir aujourd’hui ? Évidemment parce que nous sommes injustes — il y aurait tant de films à chroniquer. Mais aussi, parce que Ressources humaines n’a pas cessé de travailler en nous, ni de nous faire travailler. La façon dont il met en question les formes militantes et les gestes (...) Lire 

« Pallas guidait ses pas, je vais à l’aventure. »

par

Ressources humaines se déroule entre deux voyages. Le premier, dont le générique saisit les derniers kilomètres, est un retour. Le second, annoncé dans les dernières répliques du film, pourrait être un exil.
Franck revient chez lui comme une bonne nouvelle. Fils d’ouvrier, il a fait ses études dans une école de commerce et obtenu un stage à la direction de l’usine où travaille son père. Une banque a misé sur lui en finançant ses études, le patron parlera de lui aux responsables du groupe, l’école a rempli (...) Lire 

Post-scriptum. De la fierté

par

C’est la dernière fois qu’on voit Franck chez ses parents. La grève est sur les rails, il est rentré chez lui pour parler à son père, qui n’oppose à l’annonce de son licenciement qu’une résignation mutique. Il n’y aura de discussion possible qu’avec sa mère. Aux reproches de cette dernière, le jeune homme répond qu’il se bat « pour son père ». Il n’a gagné, reprend la mère, que d’être mis à la porte et d’accabler son père. Elle dit à peu près : tu es égoïste, parce qu’en ne pensant pas à toi (à ton avenir), tu ne (...) Lire 

Sabotage

par

Le film se termine sur le visage fermé de Franck, définitivement non réconcilié avec l’usine et son père dans une certaine mesure. Au milieu du groupe des ouvriers en grève en train de festoyer, le père joue avec ses petits-enfants. Franck, à l’écart, est seul avec son copain ouvrier qui fut son complice dans l’action et l’effraction, et qui lui conseille de s’en aller maintenant. La tristesse et la pesanteur de cette dernière scène, l’irrémédiable séparation des personnages ne réussiront pas à altérer (...) Lire 

Un transfuge

Le débat sur les 35 h est-il à l’origine de Ressources humaines ?
Laurent Cantet : Non, mon idée de départ était l’histoire d’un père et d’un fils déclassé par rapport à son milieu d’origine, une histoire que je voulais ancrer dans un contexte très contemporain. J’ai d’abord pensé aux cercles de qualités, ce dispositif qui prétend impliquer les employés dans les décisions et la marche de l’entreprise ; Cercles de qualitésa d’ailleurs failli être le titre du film. Mais les 35 heures se sont imposées (...) Lire 

« Je vous écoute, mais je ne vous réponds pas. » (le biopouvoir ne se négocie pas)

Le 14 décembre 1999, pendant deux heures, M. Devys, conseiller en protection sociale de Lionel Jospin, reçoit une délégation de médecins, hospitaliers pour la plupart. Ceux-ci réclament, au nom de leurs confrères et par souci de leurs patients, le retrait des schémas régionaux d’organisation sanitaire et de la loi de financement de la sécurité sociale : les objectifs budgétaires drastiques qui leur sont fixés les obligent peu à peu à réduire l’offre de soins ; ils refusent d’évincer des malades ; dans (...) Lire 

Western, un atelier d’écriture. Bois d’Arcy, 21-31 décembre 1999, extraits

Mohamed Rouabhi a travaillé pendant 15 jours au quartier mineur de Bois d’Arcy avec 8 jeunes de 15 à 17 ans sur un atelier d’écriture, le western, c’est-à-dire en développant des thèmes comme la trahison, la peur, les femmes, l’argent, la loi etc. Extraits.
RIAD (16 ans)
Quand on tue un homme, premièrement, tu as un remords, ensuite, tu peux aller au commissariat, te rendre.
En ce qui concerne ta conscience, tu n’y crois pas, tu te dis comment cela a pu arriver tu te dis c’est pas possible alors tu (...) Lire 

Les brèches du capital - Comment subvertir le droit de la propriété intellectuelle pour accéder aux traitements ?

par

L’internationalisation de la protection de la propriété intellectuelle sert à renforcer ou à institutionnaliser les positions de monopoles des entreprises occidentales dans les pays pauvres. Des associations se battent actuellement pour que les accords Trips (Trade-Related aspects of Intellectual Property Rights), qui régissent notamment les brevets pharmaceutiques, ne soient pas, pour les pays pauvres, un frein supplémentaire à l’accès aux traitements et à la maîtrise de leur politique de santé, (...) Lire 

Processus

Textes, oublis, histoires

par

Né à Liverpool, issu d’une famille sino-irlandaise, Gregory Lee est aujourd’hui professeur de littérature chinoise à l’Université de Lyon, après avoir enseigné la littérature comparée et les cultural studies à Chicago, Pekin et Hong Kong.
Dans un très beau livre publié en 1996 et dont on espère très vite une traduction française, Troubadours, Trumpeters, Troubled Makers : Lyricism, nationalism and hybridity in China and its others, il polémique avec humour contre la fascination occidentale pour l’ancienne (...) Lire 

Hou Hsiao Hsien et la caméra aux quatre regards

par

Il fut un temps où Taiwan, pour nous, c’était un nom sur des étiquettes, au revers de produits jetables et pas chers, et un point sur les petites cartes du journal de 20 heures, en haut à droite de l’écran télé. Mais Taiwan, “dragon” de l’économie asiatique et lieu de tension géopolitique de première importance, pour nous, ce n’était pas grand-chose.
Et puis, à partir du milieu des années 1980, on a découvert les films de Hou Hsiao Hsien, et plus tard ceux d’Edward Yang, de Tsai Ming-Liang et de Lin (...) Lire 

Dilemme

par

Actes Sud a publié l’an passé un roman qui avait fait grand bruit à Taiwan au début des années 1970, Processus familial de Wang Wen-Xing. Chronique d’une relation père-fils qui atteint littéralement un point de non-retour (le père quitte la maison et disparaît), le livre est magnifiquement écrit, même en traduction française, grâce aux ambivalences de son mode de narration, oscillant entre le point de vue du personnage principal et l’apparente objectivité d’un récit classique. Après Processus familial, (...) Lire 

Faim femme

par

La jeune littérature taiwanaise est encore complètement inconnue en Europe. Plus encore que la génération précédente dont on a au moins entendu parler par son influence décisive sur la Nouvelle Vague du cinéma taiwanais (Chu Tien-Wen est par exemple la scénariste attitrée de Hou Hsiao Hsien), l’écriture contemporaine semble ne s’intéresser qu’à des devenirs éminemment minoritaires : femmes, pédés, et extraterrestres. Mais si la littérature des années 1980 était marquée par les souvenirs douloureux de (...) Lire 

Made in HK ?

par

Hong Kong, laboratoire, comme Macao, Singapour, Taiwan et les Chinatowns du monde entier, d’une identité chinoise multiple et centrifuge. Ou, au contraire, première pièce, pour les dirigeants de Pekin, d’un puzzle mythique à reconstituer.
Vue d’ici, en tous cas, la ville du capitalisme à vitesse accélérée n’est pas connue pour son art contemporain ou son écriture introspective. Plutôt pour son goût des gadgets idiots et ses records en matière d’inégalités sociales. Mais que va donc y faire Processus ? (...) Lire 

Chengdu 99

par

L’été dernier s’est tenue à Chengdu, la capitale du Sichuan, la plus importante exposition organisée à ce jour par les calligraphes indépendants chinois. Seule artiste étrangère à y être exposée, Yolaine Escande revient sur la situation de l’art chinois contemporain, un domaine où bien sûr rien n’est simple : tel le carrosse se changeant en citrouille, la plus énigmatique installation d’art conceptuel peut se révéler n’être qu’une vitrine conformiste de la création “officiellement agréée” par le pouvoir, et (...) Lire 

Celui qui s’en va ne laisse rien

par

Il y avait, dans ce temps reculé qui appartient maintenant au passé, un homme qui un jour avait vu de ses yeux un homme se battre contre un autre homme dans une lutte qui ne laisserait ni à l’un ni à l’autre le temps nécessaire à une vie sans soucis, même lorsque cette guerre minuscule finirait un jour, car tout finit un jour par finir.
Dans ce jour perdu qui appartenait au passé dont je parle, un homme, mon père, vit de ses yeux la mort suivre de près la vie, même lorsque celle-ci semblait éclater (...) Lire 

chroniques

Mes rêves entraînent des cataclysmes

par

Il n’est à présent plus douteux qu’une partie non négligeable de l’univers est déjà sur le point de s’être ordonnée selon une logique nouvelle : ma rate en lieu et place de telle planète et les anneaux de mes viscères formant en bourrelet un cône siliceux traversant une partie de la galaxie concernée... Je n’expliquerai pas encore l’origine des étoiles filantes, mais je dirai deux mots à propos des comètes. Il s’agit d’expectorations que j’ai eues, malade il y a longtemps. Désormais guéri, certaines circulent (...) Lire 

Romorantin vs La Roche-sur-Yon

par

Manchester United est au Brésil. Le champion d’Europe a refusé de s’engager dans la cup, la mythique coupe d’Angleterre, doyenne des compétitions de football, pour aller jouer la première coupe du monde des clubs. Il s’agit d’une compétition totalement dénuée de crédibilité, mais organisée par la fédération internationale qui attribue par ailleurs l’organisation des compétitions internationales aux pays candidats. L’Angleterre est sur les rangs pour la coupe du monde 2006 et Tony Blair en fait une affaire (...) Lire 

Recette. Un menu pour goûter sereinement le temps qui passe

par

Comme toute une chacune, dans votre jeune temps, vous calculiez l’âge que vous auriez en l’an 2000, cet horizon qui vous paraissait, comme tout horizon qui se respecte, indéfiniment lointain.
À quinze ans, mais aussi bien à vingt-cinq encore, vous vous disiez confusément que d’ici là vous seriez, par exemple, devenu adulte, ou encore que vous auriez trouvé l’homme de votre vie — ce dont vous n’êtes pas loin de penser, dans vos moments d’égarement affectif, que cela revient au même. Or voilà, c’est fait (...) Lire 

De prime abord ailleurs ensuite

par

Il y a quelque temps déjà alors qu’il était facile de se rendre ici ou là justement forcément plutôt ailleurs qu’ici, non précisément ailleurs quelque part sous un nom mais ailleurs en soi, on a constaté d’expérience que précisément personne à ce que je sache ne tentait d’aller au-delà, au loin déjà, ailleurs en tout cas, par exemple d’y aller, de s’y rendre, de continuer, de voir venir aussi comment comment (surtout moi le premier d’entre).
Non pour critiquer ce que chacun fait ou ne pratique pas comme (...) Lire 

Le visage de Laughton

par

Si c’était un portrait, il ne serait pas chinois mais nippon. Une estampe tamponnée sur une autre, geisha plaquée sous gras sumotori, elle impassible, lui grimaçant. Qu’aimait-il dans l’art japonais ?
Difficile d’arracher Charles Laughton à la grande filière théâtrale dont les transfuges au cinéma cabotinent, en font juste assez trop pour qu’on s’exclame. En outre, il est un monstre, force ou erreur de la nature, spécialiste des juges et bourreaux, bossus et Barbe-Bleue, bêtes humaines, tyrans, spectres, (...) Lire 

l’invention de la seiche

par

à N.T.
La seiche est un mollusque, un être divisé, en elle le dur se sépare du mou. Lointaine parente de l’escargot, elle porte, comme lui, sa coquille sur son dos. Son os d’un blanc de craie, dont les oiseaux raffolent pour s’affûter le bec, imprime une forme ovale au manteau rayé qui la couvre et retombe en nageoires. Le frémissement constant de cet ourlet mobile la propulse dans l’eau salée, silencieuse, le long d’une trajectoire horizontale qui l’éloigne peu des côtes, frôle les tombants rocheux (...) Lire 

Boîte cranienne

par

J’ai fait la saison dans cette boîte crânienne(Alain Bashung) Il eut envie de se trancher les veines, pour se rafraîchir un peu(August Strindberg)
à Agnès et Eric Dessuant et pour Nathalie Dagron
Nous habitions, mes parents et moi, une maison si claire qu’elle ne semblait cacher aucun secret. Cet environnement limpide fit de moi, très tôt, l’ennemi des malentendus, faux semblants et autres jugements vagues. À l’école, lorsque le professeur ramassait les copies, il m’arrivait fréquemment de déchirer la (...) Lire 

Le chemin, c’est chaque os

par

Tentative de description d’une photo de ma sœur et de moi. Elle a cinq ans et j’en ai trois. On ne voit sur le fond noir de la forêt que son sourire et ses yeux ronds, mon front sérieux de garçonnet et le destin qui nous guette en forme de nuée blanche.
Depuis l’été mille neuf cent cinquante-cinq, je fais un rêve épuisant dont je ne me réveille pas. Ma sœur est âgée de cinq ans, je n’en ai que trois. Elle me conduit sur le dos d’un rocher, nous allons vers la mort, à deux pas, rien ne presse. Nous avançons (...) Lire 

Minorités

les hommes, les femmes et nous : transsexuel/les et transgenres

Auto-fiction

par

On l’aura remarqué, le cinéma contemporain, d’Almodovar à Chéreau, en passant par Cronenberg ou Neil Jordan, met de plus en plus souvent en scène des personnages transsexuels. On s’en réjouit : la fiction a toujours quelques longueurs d’avance sur le politique, quand elle donne à voir un réel privé qui met publiquement en porte-à-faux les catégories officielles. On comprend aussi que les préoccupations à l’œuvre dans les films de certains de ces cinéastes offrent une belle surface d’accueil aux (...) Lire 

épigraphe : ordonnance du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800)

Le Préfet de Police,
Informé que beaucoup de femmes se travestissent, et persuadé qu’aucune d’elles ne quitte les habits de son sexe que pour cause de santé ;
Considérant que les femmes travesties sont exposées à une infinité de désagréments, et même aux méprises des agents de la police, si elles ne sont pas munies d’une autorisation spéciale qu’elles puissent représenter au besoin,
Considérant que cette autorisation doit être uniforme, et que, jusqu’à ce jour, des permissions différentes ont été accordées (...) Lire 

portraits de groupes : Camille Cabral (PASTT), Joëlle Grégorie (ASB), Armand Hotimsky (Caritig)

par

Le PASTT est une association de lutte contre le sida. L’ASB se bat sur le terrain juridique et législatif. Le CARITIG est un lieu de recherches et d’informations. Ces trois associations de transsexuelLEs sont situées à Paris. Au mois de juin, elles défileront dans le cortège de la Gay Pride. Pourtant, si le PASTT lutte contre le sida aux côtés de Aides et d’Act Up, si l’ASB tient sa permanence au Centre gay et lesbien, si le CARITIG refuse les frontières des genres pour s’ouvrir à la théorie queer, (...) Lire 

les docteurs et la loi

par

Etre transgenre, c’est s’affronter au principe juridique de “l’indisponibilité de l’état de la personne”. Ce principe veut en effet que le titulaire d’un “état” — autrement dit d’un sexe légal — ne puisse en changer de son propre chef. Longtemps, la loi a totalement ignoré la discordance du genre et du sexe. Il a fallu que la transsexualité soit reconnue comme un “syndrome” pour que les transgenres puissent bénéficier d’avancées médicales et juridiques. Mais cela revient à dépendre de l’arbitraire d’autorités (...) Lire 

« comme un danseur classique, et qui change de vie. »

par

Selon l’assertion répandue, transsexuel rime avec prostitution. Camille Cabral en témoigne : « Les gens pensent que tous les transsexuels se prostituent. C’est quasiment automatique. » Elle ajoute : « C’est presque vrai. »
Presque, parce que « la majorité se prostitue, en effet », parce qu’« il y a tellement de résistances qu’il est difficile pour un transsexuel de faire autrement, surtout lorsqu’il est d’origine étrangère. » Entre le lieu commun et la réalité décrite par les membres du PASTT — « tout (...) Lire 

T1, T2, T3

par

Quatre soirs et un après-midi par semaine, le bus du PASTT sort sur les lieux de prostitution transsexuelle. Le mardi et le jeudi au bois de Boulogne ; le lundi et le vendredi entre la porte de Clichy et la porte de Clignancourt. La permanence commence à 22h et se termine à 2h du matin. Le trajet est le même à chaque fois. Pendant sept ans, le bus du PASTT n’a jamais cessé d’être présent. Ce bus est la première chose que le PASTT a souhaité avoir. Il marque la présence de l’association dans les lieux (...) Lire 

bâtiment D5

par

Maïre Tuahiva a attendu pendant deux ans. Elle passa avec succès l’interrogatoire de la police lorsqu’elle fut convoquée au commissariat de son quartier mais pendant les huit premiers mois, le permis ne lui fut accordé qu’à titre temporaire : il s’agissait d’une mise à l’épreuve.
Maintenant, elle dispose d’un permis de visite définitif à la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. C’est la « première visiteuse de prison transsexuelle en Europe », dit Camille avec fierté en nous la présentant. Ce permis facilite les (...) Lire 

les migrantes

par

1. Cabaret géographique.
« Toutes les communautés sont là ce soir. » Camille Cabral, en robe blanche, salue ainsi le public essentiellement transsexuel réuni au Tango où le PASTT organise régulièrement des soirées. Et chaque communauté de répondre par des cris et des applaudissements à l’appel : « Les Brésiliennes sont là !... Les Équatoriennes !... Les Cambod-giennes !... Argentina !... Algéria !... » Pour Camille Cabral, les fêtes du PASTT sont l’occasion pour toutes les filles de se retrouver ensemble : « (...) Lire 

une définition de soi

par

La formulation de l’identité transsexuelle diffère d’une association à l’autre, d’une personne à l’autre. Elle repose à la fois sur un capital commun, qui constitue l’assise de revendications majeures, et sur la mise en exergue de spécificités : prostituéE, femme, étrangerE, homme, opéréE, non opéréE, françaisE, etc., créant parfois des divergences au sein de la communauté.
Pourtant définir et imposer ses spécificités, c’est enrayer les rouages de la mécanique dominante - qui juge de ce qu’ils/elles sont et de (...) Lire 

parcours d’obstacles

par

Dans la vie, des situations, des démarches ordinaires et simples pour le commun des mortels deviennent des malaises ou des angoisses pour les personnes appelées transsexuelles. Le problème commence dès que l’on entend la phrase : “ Vous avez une pièce d’identité ? ”
Soudain, des facilités, des évidences, se transforment en difficultés.
Pour tout ce qui concerne l’argent et la banque Faire un chèque Ouvrir un compte Fournir un RIB Faire des prélèvements Retirer de l’argent à un guichet Ouvrir une ligne (...) Lire 

casting (Pascale Ourbih)

par

Dilemme classique : les médias sont nécessaires aux associations parce qu’ils leur servent de porte-voix. Mais les médias n’entendent souvent que leur propre discours. Le point de vue de Pascale Ourbih, comédienne.
« On a été contacté par quasiment toutes les chaînes de télé, mais pour montrer tout le temps la même chose : vous étiez un homme avant, vous jouiez à la poupée, un jour, vous êtes devenu une femme. Le côté prévention ne les intéresse pas en général ou alors, on dit deux mots et puis ils font une (...) Lire 

"c’est à partir de mon genre que je détermine ma sexualité" (Camille Cabral)

par

« La sexualité est importante pour les transsexuelLEs, comme pour toute personne », affirme Camille Cabral. « Les gens pensent que les transsexuelLEs sont asexuées. Il y a un tabou. La société n’accepte pas que les transsexuelLEs aient droit à ces choses-là. Ils ne veulent pas reconnaître qu’il s’agit d’une minorité qui a des désirs aussi. » Or la sexualité participe de la construction de l’identité. Par ailleurs, le désir des autres contribue également à tracer les contours de cette identité. Pascale peut se (...) Lire 

Vacarme 11

Vacarme 11 / printemps 2000

Rédaction en chef la revue Vacarme

Parution le 3 avril 2000 Édition Vacarme

Pages 112 ISBN 9782915547825

Diffusion en librairies Difpop

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